Vans debout !

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REPORTAGE - Manifestation au sommet des Vans - Massif de Belledonne (Isère) Le 14 mars 2016 - Par François Carrel

Plus de 600 montagnards se sont mobilisés ce dimanche 13 mars pour dénoncer les projets d’aménagement des emblématiques sommets des Vans étudiés par la commune et la station de Chamrousse (Isère). Les manifestants, montés par leurs propres moyens au sommet, ont formé un gigantesque cœur humain. Chamrousse ne peut désormais plus ignorer qu’elle aura face à elle, si elle persiste dans sa volonté d’étendre ses remontées mécaniques sur les Vans, une opposition inédite, large et efficace.

Le coeur formé le dimanche 13 mars 2016 au sommet des Vans (2447 m, Belledonne, Isère) par les 600 manifestants militant pour le retrait du projet d'aménagement de la zone par la station de Chamrousse. ©Sommets.info/FC
Le coeur formé le dimanche 13 mars 2016 au sommet des Vans (2448 m, Belledonne, Isère) par 500 manifestants opposés au projet d’aménagement de la zone par la station de Chamrousse. ©Sommets.info/FC

Frédi Meignan, président de Mountain Wilderness France, donnant de la voix au sommet des Vans ©Sommets.info/FC
Frédi Meignan, président de Mountain Wilderness France, a chaleureusement remercié l’engagement des militants au sommet des Vans. ©Sommets.info/FC

 

« Nous sommes entre 5 et 600 réunis ici aujourd’hui. Une telle mobilisation, c’est du jamais vu en montagne, elle fera date ». Au mégaphone, Frédi Meignan, président de Mountain Wilderness France, ne cache pas son émotion. Ce dimanche 13 mars, en tout début d’après-midi, plus de 500 manifestants sont en effet réunis à 2400 mètres d’altitude, entre les deux sommets des Vans – le Grand Van et le Petit Van -, directement au-dessus de l’agglomération grenobloise. L’ambiance est joyeuse, chaleureuse et électrique. Tous sont montés depuis la station de Chamrousse en ski de rando ou en raquettes, par différents itinéraires, et se sont installés au fur et à mesure de leur arrivée dans l’espace défini par les bénévoles organisateurs de la manifestation, jusqu’à former un immense cœur, visible à des kilomètres à la ronde. En face, à la Croix de Chamrousse (2253 m), sommet de la station bien plus facilement accessible, une centaine de manifestants, raquettistes ou piétons, s’est également mobilisée.

Toute la matinée du dimanche 13 mars, les manifestants ont rejoint ski ou raquette aux pieds le sommet des Vans via la combe que la station de Chamrousse envisage d'équiper d'une remontée mécanique et de pistes de ski alpin ©Sommets.info/FC
Toute la matinée du dimanche 13 mars, les manifestants ont rejoint le sommet des Vans skis ou raquettes aux pieds, via la combe que la station de Chamrousse envisage d’équiper d’une remontée mécanique et de pistes de ski alpin ©Sommets.info/FC

 

Vingt-cinq organisations, mêlant fédérations sportives montagnardes, clubs, guides, accompagnateurs et associations écologistes (liste en pied de page) avaient appelé à manifester contre le projet d’équiper les Vans d’une remontée mécanique et de pistes de ski alpin. Sous l’impulsion de son maire, Philippe Cordon, la commune de Chamrousse a engagé des études préalables à une extension de son domaine skiable vers le sommet des Vans, dans le cadre de ses réflexions pour s’adapter « à la transition climatique et aux exigences du XXIe siècle ». « La station a besoin de grandir, l’histoire veut qu’on équipe les Vans », estime Philippe Cordon (lire ici). Oui mais voilà, les Vans et leur célèbre vallon, orienté au nord, représentent l’un des terrains de jeu les plus fréquentés par les randonneurs en toute saison, évoluant à pied, en raquettes ou en ski de rando. À la saison froide, c’est une course facile d’accès, sans difficulté technique majeure, superbe et généralement bien enneigée. Au-delà, c’est un site naturel d’exception, que ce soit par sa situation, sa préservation, sa faune, sa flore… Le vallon des Vans, resté jusqu’à aujourd’hui vierge de tout équipement, est convoité depuis longtemps par les aménageurs. En 2000, les défenseurs du site avaient obtenu son classement par l’État (protection du paysage) puis, en 2003, son inscription en zone Natura 2000 (protection des espèces et du milieu), conjointement avec le site mitoyen, d’une beauté exceptionnelle, des lacs Achard. Cette double « protection » rend a priori difficile l’obtention d’un permis d’aménager par la commune de Chamrousse ; on sait pourtant, les exemples abondent sur cette dernière décennie, que le milieu de l’or blanc et du ski de piste détient une puissance de feu politique et réglementaire hors du commun, tant les enjeux économiques et commerciaux à court terme sont importants.

Des centaines de randonneurs gravissent les Vans alors que le coeur est déjà formé au sommet. ©Sommets.info/FC
Des centaines de randonneurs gravissent les Vans alors que le coeur est déjà formé au sommet. ©Sommets.info/FC
Volodia Shahshahani, personalité incontournable du ski de rando alpin, évidemment présent. ©Sommets.info/FC
Volodia Shahshahani, personnalité incontournable du ski de rando alpin, évidemment présent. ©Sommets.info/FC
Pierre Gignoux (à gauche), champion de ski-alpinisme reconverti dans la fabrication de chaussures de ski en carbone ultralégères, est venu défendre le site des Vans en famille ©Sommets.info/FC
Pierre Gignoux (à gauche), ex-champion de ski-alpinisme, est venu défendre le site des Vans en famille. ©Sommets.info/FC

Les manifestants du 13 mars dénoncent cette analyse économique. « C’est bien qu’il y ait du ski mécanisé, insiste ainsi Volodia Shahshahani, figure du milieu du ski de randonnée alpin, créateur et patron de Volopress, éditeur des Toponeige, mais désormais l’offre est excédentaire. Nous n’avons plus besoin de nouveaux équipements et le chantage à l’emploi avancé par Chamrousse ne tient pas la route ». Un peu plus loin dans le cœur humain, on croise Pierre Gignoux, autre figure du « milieu rando » grenoblois, ancien champion de ski-alpinisme reconverti dans la fabrication de chaussures de ski de rando ultralégères. Il est monté en famille, avec ses deux enfants, dont sa fille de 7 ans, et sa mère âgée de 70 ans : « Ici comme ailleurs, les plus beaux sites sont déjà occupés par les stations. Je suis hostile à tout projet d’extension : ça suffit, il y en a assez ! Equiper les Vans, cela équivaut pour moi à saccager un tableau de Matisse au marqueur… »  Les professionnels, accompagnateurs et guides, étaient également nombreux à s’être mobilisés : ils défendent la nécessité de préserver des sites comme les Vans pour développer l’activité randonnée, été comme hiver… C’est l’analyse forte portée par les locaux, à l’image d’Alain Petit, prof et amoureux des Vans qu’il visite chaque semaine depuis son domicile de Saint-Martin-d’Uriage, au pied de Chamrousse. Il a eu les larmes aux yeux en voyant arriver toute la matinée ces centaines de manifestants au sommet : « nous sommes pour une station de Chamrousse quatre saisons. La station du 21e siècle sera forcément quatre saisons : il faut donc impérativement préserver des zones attrayantes et superbes comme les Vans pour les touristes, pour l’initiation à la randonnée, celle des jeunes notamment. »

Du coeur formé par les manifestants, vue sur la Croix de Chamrousse, actuel point culminant de la station iséroise, et le télésiège des lacs Robert (au dernier plan à gauche) ©Sommets.info/FC
Du coeur formé par les manifestants, vue sur la Croix de Chamrousse (2253 m), actuel point culminant de la station iséroise, et le télésiège des lacs Robert (au dernier plan à gauche) ©Sommets.info/FC
Philippe Descamps (à gauche), ex-rédacteur en chef de Montagnes magazine de 2000 à 2010 et aujourd'hui cadre au Monde diplomatique, s'est toujours engagé dans ses colonnes pour la préservation de l'environnement. Ici vers les Vans, avec Vincent Neirinck, co-directeur de Mountain Wilderness France ©Sommets.info/FC
Philippe Descamps (à gauche), ex-rédacteur en chef de Montagnes magazine et aujourd’hui rédacteur en chef au Monde diplomatique et Vincent Neirinck, co-directeur de Mountain Wilderness France, en route vers les Vans ©Sommets.info/FC
L'écrivain Hervé Bodeau (à gauche), avec Olivier Moret et Stéphane Lozachmeur de la fondation Petzl ©Sommets.info/FC
L’écrivain Hervé Bodeau (à gauche), avec Olivier Moret et Stéphane Lozachmeur de la fondation Petzl ©Sommets.info/FC
De futurs campeurs que la station devra dégager de force en cas d'aménagement des Vans ©Sommets.info/FC
Un message directement adressé au maire de Chamrousse, Philippe Cordon ©Sommets.info/FC

« Non aux Vans-pires », clamait l’une des banderoles brandies par les manifestants. « M. Cordon, nous aussi on est très très remonté », prévenait une autre. Le maire assure qu’aucune décision ne sera prise avant 2018 mais la détermination des montagnards opposés à l’équipement des Vans a peu de chance de décroître d’ici là… Au-delà du simple dossier de Chamrousse, la question des choix stratégiques d’aménagement montagnard est en effet au centre des débats, sur fond de réchauffement climatique accéléré. L’avenir des massifs français ne tient plus, depuis longtemps déjà, au seul secteur du ski mécanisé ; la tendance ne saurait s’inverser dans les décennies à venir.

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Les 25 organisations appelant à la manifestation 
Mountain Wilderness ; FRAPNA Isère ; Dauphiné ski alpinisme ; Grenoble escalade montagne ski alpinisme ; École des sports de montagne de l’université de Grenoble ; Volopress ; Commission internationale pour la protection des Alpes (CIPRA) ; Grenoble université club escalade montagne ; Meylan ski de rando ; Société des touristes du Dauphiné (STD) ; ASPTT Grenoble ; LPO Isère ; Grenoble université montagne ; FFME CD38 ; FFCAM CD 38 ; Association de défense des habitants et de l’environnement de Chamrousse (ADHEC) ; Coordination montagne ; Groupe universitaire de montagne et de ski- Paris ; CIHM ; Grès Calcaire et Neige ; Grésivaudan nord environnement ; Syndicat national des accompagnateurs en montagne (SNAM) ; Comité départemental FSGT 38 ; Bureau des guides et accompagnateurs de Grenoble et enfin Belledonne en marche (accompagnateurs en montagne de Belledonne).

Une réflexion au sujet de « Vans debout ! »

  1. En France on est contre tout, on trouve toujours une raison pour manifester, que ce soit avec des pavés ou des coeurs.
    Manifester nous donne de l’importance, plus on est nombreux, plus c’est efficace.
    Mais l’histoire nous montre que ce type de mouvement collectif est parfois inutile face aux profits que peut engendrer ce genre de projet. Si la décision est prise de le concrétiser je ne suis pas sûr que toutes ces énergies rassemblées pour lutter servent à quelque chose.
    Je ne suis pas pour ce projet bien sûr, mais je crois qu’il faut être prêt à l’accepter.

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