Quatre Piolets d’or pour quatre ascensions de puristes (Piolets d’or 2016 #2)

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REPORTAGE - Alpinisme et Himalayisme - Piolets d'or 2016 
Le 2 mai 2016 - Par Manu Rivaud

Quatre ascensions d’exception, réalisées en 2015, ont été récompensées lors des cérémonies des Piolets d’or 2016, organisés du 14 au 17 avril derniers à la Grave (Hautes-Alpes) dans une ambiance positive et passionnée. Ces quatre réussites, toutes exemplaires de par leurs dimensions sportive, éthique et humaine, avaient été soigneusement sélectionnées par un jury international de 9 figures de l’alpinisme parmi une liste de 52 réalisations accomplies sur l’ensemble des montagnes du monde l’an dernier. Pas de hiérarchie finale parmi ces quatre réalisations, pas d’élection de « la plus belle ascension de l’année écoulée » : chacune des quatre cordées sélectionnées reçoit un trophée. Le bon vieux « Piolet d’or » unique, si âprement controversé depuis sa création, semble avoir vécu ; l’ère des « Piolets d’or », au pluriel, est clairement revendiquée. Deuxième partie de notre reportage aux Piolets d’or 2016, à la Grave.

Les auteurs des ascensions nominées cette année, posant avec Andy Parkin (au centre), l'auteur des trophées. De gauche à droite, Diego Simari, Jérôme Sullivan, Lise Billon, Antoine Moineville, Nikita Balabanov, Mikhail Fomin, Manu Pellissier, Hayden Kennedy, Paul Ramsden et Mick Fowler. ©Piotr Drożdż - Presse Piolets d'Or 2016.
Les auteurs des ascensions honorées cette année, posant avec Andy Parkin (au centre), l’auteur des trophées. De gauche à droite, Diego Simari, Jérôme Sullivan, Lise Billon, Antoine Moineville, Nikita Balabanov, Mikhail Fomin, Manu Pellissier, Hayden Kennedy, Paul Ramsden et Mick Fowler. ©Piotr Drożdż – Presse Piolets d’Or 2016.

Le jury international d’alpinistes réuni pour ces Piolets d’or 2016 était constitué du Japonais Yasuhiro Hanatani, du Britannique Victor Saunders, de l’Espagnol Simon Elias, du Slovène Silvo Karo, du Russe Valeri Babanov, du Français Sébastien Bohin, du Canadien Raphaël Slawinsky, de l’Américain Michael Kennedy et de l’Italien Hervé Barmasse. Le cumul de leurs expériences alpines sur les montagnes du monde donne le vertige… Cette année, il n’était pas question pour eux de distinguer une seule ascension, ou deux, voire trois parmi toutes celles accomplies en 2015 et susceptibles de l’être selon la Charte des Piolets d’or. L’objectif était d’en sélectionner quatre, qui toutes seraient honorées. Suite à la remise du prix « carrière » Walter Bonatti au Polonais Voytek Kurtyka, les quatre réalisations ainsi retenues par le jury en amont de l’événement ont donc été également saluées : leurs auteurs, tous présents à la Grave pour l’occasion, ont reçu un trophée personnalisé par cordée, sculptures d’acier, de cuivre, de bois et de pierres élaborées par l’alpiniste Andy Parkin.

Les infatigables Britanniques Mick Fowler, 59 ans, et Paul Ramsden, 46 ans, auteurs de la première ascension du Gave Ding (6571 m, Népal ouest) montent les premiers sur scène, sous les applaudissements d’un public de connaisseurs. Les deux Anglais ont gravi la face nord du Gave Ding, raide et haute de 1600 mètres, avant de redescendre du sommet par l’arête ouest, l’ensemble réalisé en pur style alpin et en 7 jours du 18 au 24 octobre derniers.

Les Britanniques Paul Ramsden et Mick Fowler (équipe Gave Ding) ©Sommets.info/MR76
Les Britanniques Paul Ramsden et Mick Fowler (équipe Gave Ding) ©Sommets.info/MR76
La voie ouverte par les Britanniques Mick Fowler et Paul Ramsden, en octobre 2015 avec 5 bivouacs, dans la face nord du Gave Ding (6571 m, Népal). Hauteur 1600 m. Difficulté annoncée ED+. ©Mick Fowler/Paul Ramadan - Presse Piolets d'Or 2016.
La voie ouverte par les Britanniques Mick Fowler et Paul Ramsden, en octobre 2015 avec 5 bivouacs, dans la face nord du Gave Ding (6571 m, Népal). Hauteur 1600 m. Difficulté annoncée ED+. ©Mick Fowler/Paul Ramsden – Presse Piolets d’Or 2016.

C’est ensuite au tour des Ukrainiens Nikita Balabanov, 27 ans, et Mikhail Fomin, 35 ans, d’être applaudis pour l’épure de 1700 mètres qu’ils ont tracé sur le pilier nord-ouest du Talung (7348 m, Népal), avant d’en redescendre par le versant ouest : style alpin pur, une nouvelle fois, pour un parcours bouclé en 7 jours et aux mêmes dates que les Anglais du Gave Ding !

Les Ukrainiens Mikhail Fomin et Nikita Balabanov (équipe Talung) ©Sommets.info/MR76
Les Ukrainiens Mikhail Fomin et Nikita Balabanov (équipe Talung) ©Sommets.info/MR76
La voie Daddy Magnum Force, 1700m, annoncée ED+ (M6, A3), ouverte en octobre 2015 avec 5 bivouacs sur le pilier nord-ouest du Talung (7348 m, Népal), par les Ukrainiens Balabanov et Fomin. ©Billy Roose-Presse Piolets d'Or 2016.
La voie Daddy Magnum Force, 1700m, annoncée ED+ (M6, A3), ouverte en octobre 2015 avec 5 bivouacs sur le pilier nord-ouest du Talung (7348 m, Népal), par les Ukrainiens Balabanov et Fomin. ©Billy Roose – Presse Piolets d’Or 2016.

Troisième expé honorée, l’étonnante aventure en Patagonie chilienne des Français Lise Billon, 28 ans, et Antoine Moineville, 32 ans, du Franco-Américain Jérôme Sullivan et de l’Argentin Diego Simari, 29 ans. Cette cordée internationale de quatre alpinistes a ouvert le pilier nord-est du Cerro Riso Patron (2550 m, Chili), haut de 1000 mètres, du 22 au 24 septembre 2015. Si le sommet est bien moins haut que les précédents, et la voie plus courte, l’endroit, très exposé aux éléments météorologiques régnant sur le 50ème parallèle sud, est diabolique à atteindre. Jusqu’ici, seuls les Italiens Casimiro Ferrari, Bruno Lombardini et Egidio Spreafico étaient parvenus jusqu’à la montagne et avaient pu la gravir, par son versant sud-est, en 1988.

Diego Simari, Lise Billon, Jérôme Sullivan et Antoine Moineville (équipe Cerro Riso Patron). ©Sommets.info/MR76
Diego Simari, Lise Billon, Jérôme Sullivan et Antoine Moineville, l’équipe du Cerro Riso Patron. ©Sommets.info/MR76
La voie Hasta las webas, 1000 m, annoncée ED- (AI5+, M5, 90°, X), ouverte en septembre 2015 avec 2 bivouacs sur le pilier nord-est du Cerro Riso Patron (2550 m, Chili), par les Français Lise Billon et Antoine Moineville, le Franco-Américain Jérôme Sullivan et l'Argentin Diego Simari. ©Robert Koschitzki - Presse Piolets d'Or 2016.
La voie Hasta las webas, 1000 m, annoncée ED- (AI5+, M5, 90°, X), ouverte en septembre 2015 avec 2 bivouacs sur le pilier nord-est du Cerro Riso Patron (2550 m, Chili), par les Français Lise Billon et Antoine Moineville, le Franco-Américain Jérôme Sullivan et l’Argentin Diego Simari. ©Robert Koschitzki – Presse Piolets d’Or 2016.

Enfin montent sur scène l’Américain Hayden Kennedy, 25 ans, et le Français Manu Pellissier, 41 ans. Avec les Slovènes Marko Prezelj, 51 ans, et Urban Novak, 30 ans, Kennedy et Pellissier ont ouvert la face Est du Cerro Kishtwar (6173 m, Inde), du 5 au 8 octobre 2015. Haute de 1200 mètres, leur ligne est un condensé d’escalade mixte, rocheuse et glaciaire difficile, directe au sommet.

Le Slovène Marko Prezelj (équipe Cerro Kishtwar) ©Sommets.info/MR76
Le Slovène Marko Prezelj (équipe Cerro Kishtwar) ©Sommets.info/MR76
Hayden Kennedy, Manu Pellissier et Urban Novak (équipe Cerro Kishtwar) ©Sommets.info/MR76
Hayden Kennedy, Manu Pellissier et Urban Novak (équipe Cerro Kishtwar) ©Sommets.info/MR76
La voie Light before Wisdom, 1200 m, annoncée ED+ (6b, WI6, M6, A2), ouverte en octobre 2015 avec 4 bivouacs dans la face Est du Cerro Kishtwar (6173 m, Inde), par les Slovènes Marko Prezelj et Urban Novak, le Français Manu Pellissier et l'Américain Hayden Kennedy. ©Marko Prezelj - Presse Piolets d'Or 2016.
La voie Light Before Wisdom, 1200 m, annoncée ED+ (6b, WI6, M6, A2), ouverte en octobre 2015 avec 4 bivouacs dans la face Est du Cerro Kishtwar (6173 m, Inde), par les Slovènes Marko Prezelj et Urban Novak, le Français Manu Pellissier et l’Américain Hayden Kennedy. ©Marko Prezelj – Presse Piolets d’Or 2016.

Ces quatre réalisations répondent parfaitement aux critères de sélection définis par la Charte des Piolets d’or : l’élégance du style employé – qu’incarne le style alpin face aux lourdeurs du style traditionnel avec cordes fixes, camps d’altitudes, voire oxygène -, l’esprit d’exploration à travers celui d’une montagne ou d’une face, d’un pilier encore vierge – les 4 ascensions sont des voies nouvelles, le Gave Ding était vierge, ainsi que la face Est du Cerro Kishtwar, et toutes les descentes sont différentes des itinéraires de montée – un haut niveau d’engagement, d’autonomie de la cordée, de technicité de l’escalade – toutes les escalades honorées sont techniques, aucune n’a eu recours à des porteurs d’altitude et disposaient seulement d’informations, plus ou moins bonnes, sur les conditions météo. Enfin les derniers critères de respect des hommes, partenaires de cordée, porteurs employés jusqu’aux camps de bases et de l’environnement ont été remplis, avec quelques détails surprenants : les Ukrainiens du Talung n’employèrent « qu’un seul porteur pour atteindre le camp de base, car nous avons cherché à réduire au maximum les coûts de l’expé, raconte Mikhail. En ce qui concerne ces portages, nous avons porté nous-mêmes la même charge. Les locaux n’avaient jamais vu d’Occidentaux avoir un tel comportement ». Les Anglais du Gave Ding et les membres de l’équipe du Cerro Kishtwar ont pour leur part fait appel à des muletiers. L’équipe du Cerro Riso Patron n’avait enfin pas besoin de porteurs locaux : elle a accédé au camp de base en bateau, via le fjord Falcon, avant de rester livrée à elle-même pour l’aller-retour au sommet depuis… la plage. Plus généralement, toutes ces expéditions ont été réalisées avec un budget limité : de 4000 euros pour l’équipe du Talung à 20 000 euros pour l’équipe du Cerro Kishtwar.

Piolets d’Or VS Piolet d’Or 

L’histoire des Piolets d’Or est née de celle du Piolet d’Or, événement conçu et fondé en 1990 par le Groupe de haute montagne (GHM), le journaliste Guy Chaumereuil alors rédacteur en chef du mensuel Montagnes Magazine, et le groupe de presse éditeur de la revue, les Éditions Nivéales (aujourd’hui Nivéales Médias). De 1991 à 2008, un jury dit « indépendant et souverain » a déterminé chaque année, parmi une pré-sélection de six ascensions, celle qui pouvait se détacher des 5 autres par la performance atteinte, tant par la difficulté objective de la voie gravie que par la pertinence de l’itinéraire choisi vis-à-vis des dangers objectifs, et l’élégance des moyens employés. Ainsi en avril 2006, l’Anglais Stephen Venables, alors président du jury, décernait-il sur ce principe choisi par les fondateurs un unique Piolet d’Or à la remarquable ascension du pilier central sud du Nanga Parbat (8125 m, Pakistan), gravi en style alpin par les Américains Steve House et Vince Anderson.

Dès 2009 – date de création du Piolet d’or « carrière » par tous les fondateurs originaux – le GHM a voulu s’opposer à ce principe de sélection finale au cœur même de l’événement, en laissant la liberté au jury de décerner un ou plusieurs prix. L’événement devint « Les Piolets d’or » et l’ensemble des organisateurs fondateurs du Piolet d’Or participèrent à l’organisation plusieurs années. Les raisons de cette opposition sont multiples et certaines d’entre elles étaient déjà mises en avant par le Slovène Marko Prezelj, dès 2007, lorsqu’il refusa le prix pour son ascension du pilier nord du Chomo Lhari (7326 m, Chine/Bhoutan) : « cette sélection finale n’a aucun sens, précisait-il. D’abord parce que les expéditions sont racontées selon le bon vouloir de leurs auteurs, qui de plus ne perçoivent pas toujours leurs aventures de la même manière. Ensuite parce que personne ne peut tout savoir des faits d’une expédition, même un jury d’experts ». Aussi, « la question des moyens employés est rendue délicate depuis que certains alpinistes, devenus professionnels et disposant de moyens d’entrainement ou financiers élevés, côtoient des amateurs », a ajouté Christian Trommsdorff, président du GHM. Au-delà, la compétition induite par cette sélection finale, planant tout au long des événements, pouvait rendre délicats les échanges entre alpinistes et pesante l’ambiance même de la manifestation.

En 2013, et à la surprise d’une partie des organisateurs, les membres du jury, à nouveau présidé par Stephen Venables, décernèrent sans distinction un Piolet d’or à toutes les ascensions nominées : une décision qui ne fut pas du goût de tout le monde, et notamment du groupe de presse Nivéales Médias. Elle fut questionnée ou critiquée aussi par d’autres alpinistes, récompensés par le passé ou dont les ascensions avaient été nominées précédemment. Ainsi Steve House déclarait-il que « le prix avait désormais moins de sens ». Les Français Mathieu Maynadier et Mathieu Détrie, auteurs d’une ascension au Lunag I (6895 m, Népal) nominée en 2011, affirmaient encore que les six ascensions récompensées en 2013 étaient distinguables les unes des autres selon les critères de la Charte. Maynadier : « les alpinistes qui dénoncent l’esprit sous-jacent d’une compétition, je ne les comprends pas.  Selon les critères de la Charte des Piolets d’Or, il était tout à fait possible d’établir une hiérarchie des ascensions nominées ». Détrie : « la dénonciation de l’aspect compétitif est un peu minable. Tout le monde distingue les ascensions ! Tous les alpinistes du monde font ça depuis toujours ! ».

Pour Trommsdorff cependant, « on ne fera plus marche arrière sur le principe d’éliminer la sélection finale de l’événement. » Certains répondent déjà que l’aspect compétitif demeure via la sélection, chaque année, des ascensions invitées et honorées, qui sont choisies parmi une liste d’une cinquantaine de réalisations susceptibles de l’être. La compétition dénoncée serait donc désormais évincée de l’événement, mais pas éliminée !

À ce débat s’est ajouté, lors de l’événement 2014, une autre question : la nécessité pour le jury de disposer de preuves suffisantes quant aux ascensions qu’il sélectionne et/ou récompense. Sur ce point précis, la gestion du solo de Ueli Steck à la face sud de l’Annapurna, revendiqué par le Suisse en octobre 2013 mais manquant de preuves photographiques, a été complexe. Cette ascension a néanmoins été honorée par un Piolet d’or. Cette décision prise par le jury de l’époque « a créé de vives réactions parmi les alpinistes dont les ascensions, nominées la même année et disposant de toutes les preuves, n’ont pas été récompensées », témoigne Trommsdorff. « Les critères de la Charte restent évolutifs et nous pensons prendre en considération, à l’avenir, ces aspects de professionnalisation de l’activité et de preuves attestant sans conteste les réalisations », termine le président du GHM. À ce sujet, il faut remarquer que toutes les ascensions récompensées cette année sont fondées et que tous leurs auteurs sont des alpinistes amateurs. Si quelques-uns d’entre eux disposent de partenaires en matériels techniques, ils sont tous guides de haute montagne, photographe, ingénieur en informatique, distributeur de matériel de sport, chercheur en chimie, éducateur spécialisé, fonctionnaire aux impôts ou encore conseiller en santé et sécurité, avec très peu de congés…

Le drapeau des flibustiers a flotté tout au long de l'événement au sommet du chapiteau. ©OT La Grave La Meije, courtoisie pour Sommets.info
Un drapeau de flibustiers a flotté tout au long de l’événement au sommet du chapiteau. ©OT La Grave La Meije, courtoisie pour Sommets.info

Drapeau à tête de mort 

À La Grave cette mi-avril, un drapeau noir à tête de mort flottait au sommet du grand chapiteau abritant ces Piolets d’or… Piraterie ? Le GHM était en effet le seul des fondateurs du Piolet d’or « historique » à organiser ces 8èmes Piolets d’or « pluriels ». Au-delà du désaccord sur le fait de récompenser toutes les ascensions nominées, comme ce fut le cas cette année, l’an passé et en 2013 à Chamonix et Courmayeur, une âpre négociation court en effet entre Nivéales Media et le GHM sur « la co-propriété industrielle de la marque plurielle », explique-t-on au GHM. La marque « Les Piolets d’or » a été déposée à l’Institut nationale de la propriété industrielle (INPI) par le seul GHM en 2010…

Sur le fond pourtant, si l’ingénieur en électronique Voytek Kurtyka récompensé par le Piolet d’or « carrière » cette année a pu se livrer à de la contrebande pour vivre et grimper au temps de l’oppression soviétique, si les identités de quelques-uns de ses partenaires ont été trafiquées pour franchir des frontières de barbelés, si quelques alpinistes dont les ascensions nommées ont parfois négligé les permis d’ascension, délivrés par des autorités dont l’intégrité reste à prouver, cela n’en fait pas des gangsters. Plutôt de braves flibustiers avides de libertés, puis ravis de pouvoir échanger leurs expériences dans une atmosphère festive et dénuée d’une sélection finale.

Auteurs des ascensions nominées, Voytek Kurtyka, Marie Claude Turc, Robert Schauer et Christian Trommsdorff (GHM), devant La Cordée à St-Christophe, le vendredi 15 avril ©Sommets.info/MR76
Les auteurs des ascensions honorées avec Voytek Kurtyka, Marie Claude Turc, Robert Schauer et Christian Trommsdorff (GHM), devant La Cordée à St-Christophe, le vendredi 15 avril ©Sommets.info/MR76

Par leur présence à La Grave cette année, de nombreuses personnalités, figures internationales de l’alpinisme, ont par ailleurs cautionné l’événement tel qu’il a été organisé. Pour Yves Peysson, président du GHM de 1997 à 2001, « le sens du Piolet d’Or a suivi les époques. Il ne s’agit plus, pour le GHM aujourd’hui, d’élire une performance et de limiter de fait la sélection des ascensions aux exploits himalayens, mais de montrer l’éventail des projets choisis par les alpinistes de haut niveau modernes. Que ce soit en Patagonie, en Alaska, ou bien plus haut en Himalaya ». Avec un budget annoncé de 120 000 euros (1), difficile de réunir en effet l’ensemble des 50 expéditions sous un même chapiteau… Lindsay Griffin, président de l’Alpine Club anglais, soutien de l’événement depuis 2009 en lui apportant sa caution morale et éthique, a eu un discours dans la même lignée : « l’alpinisme n’est pas un sport olympique, essayer de comparer une ascension avec une autre est futile. Nous essayons de mettre en scène une représentation superbe de l’activité alpine de l’année précédente, par des ascensions marquantes, innovantes, bien construites et exécutées dans un style que nous estimons comme le plus beau possible. (…) Nous voulons aussi montrer la diversité de cette activité unique qu’est l’alpinisme, et vous noterez que les ascensions honorées cette année n’ont pas été toutes réalisées en Himalaya ».

La position du GHM est déterminée. En organisant l’événement, le Groupe a pris un nouveau risque vis-à-vis des autres fondateurs du prix d’origine. L’ambiance, à la Grave, fut néanmoins l’une des plus agréables jamais vécue. Le public a été nombreux, ravi d’être rassemblé chez les Gravarots. Tout au long de l’événement, du jeudi au samedi en journée, les terrasses de cafés et de restaurants se remplissaient. Écrivains et alpinistes auteurs y présentaient parfois leurs livres. C’était une bouffée d’oxygène pour un village plutôt désert et aux commerçants sinistrés depuis l’effondrement de la montagne il y a juste un an, sur la route du tunnel du Chambon. Ces jours-ci, c’était plein et riant : les gens se croisaient dans les rues avant de se rassembler le soir sous le chapiteau pour l’apéro, les soirées de films et de remise de prix des Piolets d’Or. La Grave, petit village de haute montagne, n’est pas Chamonix ni Courmayeur. Kurtyka, ses pairs et successeurs ont particulièrement apprécié son authenticité.

(1) Les organisateurs et partenaires principaux de l’événement 2016 : les communes de La Grave-La Meije et de Briançon, le département des Hautes-Alpes, la région PACA et le Groupe de haute montagne (GHM). Les soutiens : la FFME, la FFCAM, Le Vieux Campeur, Arc’teryx, Petzl, Millet, Simond, l’American Alpine Club, l’Alpine Club anglais, la Compagnie des guides Oisans-Écrins et la société des Téléphériques des Glaciers de la Meije.

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