Nouvelle voie en face nord de l’Ailefroide orientale

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NEWS – Alpinisme – Massif des Écrins - 5 novembre 2015  
Par Manu Rivaud

Le 26 octobre dernier, les guides Pierre Sauget et Stefano Morino, avec le géologue Alexandre Michel, ont ouvert une nouvelle voie en face nord de l’Ailefroide orientale (3847 m, Écrins). Entre goulottes de glace, pentes de neige, passages mixtes et purement rocheux, les trois alpinistes ont découvert un itinéraire très varié, aux difficultés soutenues mais « non extrêmes ». Winter is coming (700 m dont 550 originaux, glace 80°, rocher 5 et mixte M5+) a tout d’une future classique du genre.

En rouge, la nouvelle ligne de Winter is coming en face nord de l'Ailefroide orientale. ©Sommets.info/MR76
En rouge, la nouvelle ligne de Winter is coming en face nord de l’Ailefroide orientale. ©Sommets.info/MR76

Moins d’une semaine après la remarquable ascension de la face nord du Pic sans Nom par ses confrères Dégoulet, Joly et Brochard, le guide Pierre Sauget, secouriste à la CRS Alpes de Briançon, a également connu la satisfaction d’ouvrir, avec son collègue Stefano Morino et Alexandre Michel, une nouvelle ligne dans une des faces nord majeures du glacier Noir. Mais « on ne parle pas du tout de la même chose », répond-il très vite à propos de l’envergure et du niveau des difficultés. Si la voie gravie par Dégoulet, Joly et Brochard en face nord du Pic sans Nom voisin restera quoiqu’il arrive une entreprise technique et engagée, la trouvaille de Sauget est moins haute, ses passages clés sont plus courts et les bonnes conditions de terrain, néanmoins requises à une ascension sereine, moins aléatoires. Ainsi cette nouvelle voie dénommée Winter is coming a-t-elle « toutes les chances de devenir une classique du genre » estime Sauget.

Cette ligne, Sauget l’avait repérée l’année dernière alors qu’il ouvrait, avec Morino également, la variante Mon Beauf à Casse-toi ça pue (J. Isoard, A. Dauban et S. Digacomo, 2012), située à droite de l’éperon nord-ouest (secteur de la voie plus ancienne Hardy-Parks, dite aussi Marshal Ombre). Évoluant cette fois sur la gauche de l’éperon, la nouvelle ligne convoitée finissait néanmoins par se perdre dans les murs de son flanc gauche, au deuxième tiers de la face. Le 23 octobre, inspiré par l’ascension de Dégoulet, Joly et Brochard, Sauget allait repérer les conditions à l’Ailefroide. La décision « d’aller voir » fut rapidement prise.

L’ascension

Le 26 octobre à 2 h du matin, Sauget, Morino et Michel quittent le Pré de Mme Carle et remontent le glacier Noir vers le pied de la face. À 6h30, ils s’engagent dans la première longueur de la voie. La progression vers la section invisible et demeurée inconnue, 500 mètres plus haut, s’annonce sans difficulté majeure. L’équipe, qui a choisi de ne pas s’équiper de matériel de bivouac, est « en cas d’impasse, certaine de pouvoir redescendre en rappel au pied de la face avant la nuit ».

Les premières longueurs en glace sont en excellentes conditions, franches, et l’inclinaison, d’abord à 80°, s’atténue sur les 300 mètres suivants de 70 à 55°. Les grimpeurs progressent rapidement à corde tendue et, à mi-paroi, se rapprochent de la section mystérieuse. Par une « goulotte magnifique » d’une centaine de mètres à 75 puis 70°, ils en découvrent la première partie : l’entaille qui guide leur progression se ressert, la glace mincit et le rocher, sur les rives, devient compact. Morino cède sa place de leader et dans cette nouvelle longueur Sauget ne court pas. Protégé par un seul piton, il franchit un passage vertical de cinq bons mètres, en cheminée. « Expo, mais sans doute plus facile avec une glace plus abondante », dit-il de cette section qu’il évalue in vivo à M5+. De la bonne glace en sortie lui permet de se rétablir dans une zone moins raide. S’assurer dans le rocher reste très compliqué. Là-haut, 70 mètres au-dessus du relais précédent, une fissure que repère Sauget promet « un relais convenable ». Les trois alpinistes vont devoir grimper à corde tendue sur deux bonnes dizaines de mètres. L’habile technique des tiblocs protège a minima la manœuvre et Sauget parvient à relayer dans la fissure salvatrice.

Un nouveau mur en rocher « pourri », infranchissable, les domine. Mais « la nature fait bien les choses », raconte Sauget. Une rampe vers la droite, de rochers brisés puis de dalles plaquées de neige, contourne l’obstacle : c’est par là qu’ils devraient pouvoir rejoindre le fil de l’éperon et venir à bout du mystère. Par une grande longueur de 45 mètres évaluée à M4+, et cette fois plus facile à protéger, les trois alpinistes y parviennent. De ce point en promontoire qu’ils atteignent, tout s’éclaire. Ça va sortir en haut, à la brèche du glacier Noir. Par une dernière longueur purement rocheuse sur le fil de l’éperon, « 30 mètres en V, agréables et bien protégeables », et un court rappel de 15 mètres dans son flanc droit, l’équipe prend pied dans les pentes de neige bien connues à l’aplomb de la brèche. Elle atteint cette dernière à 16h30.

Profitant des derniers rayons solaires, Sauget, Morino et Michel rejoignent rapidement le sommet de l’Ailefroide orientale par son arête ouest, neigeuse et peu difficile. 5 heures plus tard, via la « longue voie normale du versant sud », ils retrouvent le village d’Ailefroide au bout d’une belle journée de 20 heures…

©Sommets.info/MR76

Infos technique pour une répétition de Winter is coming (700 m, glace 80°, mixte M5+, rocher V) 
Matériel : aucun matériel n’a été laissé à demeure dans la voie, hormis une sangle au niveau du rappel. S’équiper d’un jeu de coinceurs à cames Camalots® C3 jusqu’au n°1, d’un jeu de C4 jusqu’au n°2 en doublant les tailles 0.3 et 0.4, et de petits stoppers®. Également 6 pitons dont 3 lames, 1 universel, 1 petite et 1 moyenne cornière pour le premier crux. 8 broches à glaces, courtes et moyennes, sangles. 
Horaire probable : tout dépend de l'évolution de la cordée dans la partie inférieure...

 

 

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