« Meru », la sensation américaine

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NEWS – Himalayisme - Cinéma de montagneLe 25 septembre 2015. 
Par Manu Rivaud

Sans doute aux antipodes du récent Everest de Baltasar Kormákur, Meru, des alpinistes et cinéastes américains Jimmy Chin, Renan Ozturk et Chai Vasarhelyi, fera son entrée sur les écrans français le 16 novembre prochain, lors du festival Montagnes en Scène 2015. L’occasion de plonger réellement au cœur d’une ascension menée en 2011 par une cordée de trois alpinistes talentueux sur un sommet emblématique indien, le Meru, mais aussi celle de mieux comprendre ce qui peut animer ou tourmenter une telle entreprise. 

Meru

Meru relate l’histoire d’une première ascension réussie par trois alpinistes de haut niveau américains, à l’été 2011. Tenté par de nombreuses expéditions depuis 1986 sans avoir été gravi en intégralité jusqu’alors, le Shark’s Fin, ou le pilier est du Meru Central (6310 m, massif du Garhwal, Inde), avait inspiré l’américain Conrad Anker, 49 ans. Lui-même orienté dans sa pratique par le vétéran Mugs Stump, Anker, à la fois père de famille nombreuse et alpiniste engagé sur les montagnes du monde, réussissait en 2008 à motiver les plus jeunes Jimmy Chin et Renan Ozturk, solides grimpeurs trentenaires, pour une première tentative. Hormis l’altitude – on ne se situe pas à 8000, ni même à 7000 mètres – gravir le Shark’s Fin du Meru requiert un bagage technique complet d’alpiniste de haut niveau  : neige et glace raide, rocher déversant et enfin terrain mixte sous la cime se succèdent sur une hauteur de 1400 mètres. La logistique est lourde, les évolutions requièrent un matériel imposant et la continuité des passages difficiles une tente de paroi. En 2008, Anker, Chin et Ozturk renoncèrent à 150 mètres de la cime, dans le mauvais temps, après 20 jours passés à grimper : enfer de l’échec.

Le trio revient à l’été 2011 et cette fois, franchit tous les obstacles en 12 jours et 11 nuits. Le pilier est du Meru central est gravi et la cordée annoncera de hautes difficultés : M6 en escalade mixte, A4 en escalade artificielle (sur une échelle limitée à A5), neige et glace raide. C’est la libération pour Anker : « l’attrait de l’inconnu et de la nature sauvage fait partie de l’héritage des hommes. Chez certains, ceci domine. Les alpinistes expriment cet héritage à travers les voies qu’ils ouvrent dans ces contrées lointaines. Le Meru incarne cet inconnu, cette sauvagerie. Trois expés en huit ans, 35 nuits dans ce mur, le froid, la faim et la soif ont été nécessaires pour en venir à bout. Cette année, la montagne nous a gratifié d’une météo idéale. Parfois nous avons de la chance, et cette chance est le plus beau cadeau qui puisse nous être offert ». Cette première ascension réussie du Shark’s Fin fut honorée par une nomination aux Piolets d’Or, les « Oscars de l’alpinisme », l’année suivante.

Ce que la large communauté alpine a longtemps ignoré de cette expédition, c’est que Chin et Ozturk étaient aussi équipés de caméras performantes pour ces aventures et qu’ils en ramenèrent des images et des ambiances remarquables. Il fallait en faire quelque chose : Meru est né. Chin témoigne : « j’ai passé la majeure partie de ma vie en montagne, aussi bien comme grimpeur que comme photographe professionnel. J’ai toujours voulu faire un film capable de montrer au public l’expérience viscérale d’une ascension difficile en Big Wall. J’espérais donner aux gens un aperçu des enjeux, des risques et des sacrifices impliqués. Mais je voulais aussi montrer que vivre notre passion ne rime pas toujours avec bonheur. Cela peut être lourd de conflits internes, de doutes et de compromis impitoyables. Où placer le curseur entre suivre votre passion et respecter vos responsabilités envers les autres ? »

La femme de Jimmy, Chai Vasarhelyi, co-réalisatrice et co-productrice du film, insista justement pour ajouter aux images alpines quelques témoignages a posteriori des proches qui vivent l’expé non pas suspendus à la paroi mais aux nouvelles de l’équipe, dans l’attente. Elle insista également pour impliquer les grimpeurs, qui tentent aussi d’éclairer, avec un peu de recul, ces conflits, ces doutes et compromis avec lesquels ils ont du composer.

Succès sur le continent nord américain

Sorti le 14 août dernier et primé par le public du festival de Sundance aux Etats-Unis cet été, Meru, étiqueté documentaire, affiche aujourd’hui près de 2 millions de dollars de recette après 5 semaines de projection à travers les Etats-Unis. De premières à New York, Los Angeles, Mineapolis, Seatle, Denver et Boulder, Meru s’est vu projeter dans plus de 200 salles américaines en septembre. Depuis 3 semaines, c’est aussi au Canada à Toronto, Montréal et Québec que 125 cinémas le proposent à l’affiche.

Dans la presse américaine, les journalistes critiques sont bluffés. La rédaction de Newsweek l’a sélectionné parmi ses meilleurs documentaires de l’année écoulée : « Oubliez Everest. Dirigé par Chin, Meru raconte plus que la résistance humaine, la survie ou encore l’amitié. Servi par une mise en scène de tueur, il est une méditation réfléchie sur la vie, la mort, et tout le reste ».

Détail amusant, l’alpiniste et écrivain John Krakauer, dont le livre Into thin Air relatant la tragédie qu’il vécut à l’Everest en 1996 servit notamment d’inspiration au plombant Everest actuellement à l’affiche, a plutôt choisi de participer à Meru, comme consultant face caméra. « Krakauer parvient avec beaucoup de charisme et de facilité à contextualiser et rendre intelligibles au plus grand nombre ces aventures de Jimmy, Renan et Conrad. Une vraie valeur ajoutée au film », signe Neil Young pour The Hollywood Reporter. La messe américaine est dite. Irez-vous voir Meru ?

©Sommets.info/MR76

La bande annonce officielle du film

Le planning des projections en France, Belgique et Suisse, par le festival Montagne en Scène 2015

Le site du film, avec d’autres infos et les photos de l’expédition par Jimmy Chin

Plus d’infos sur Conrad Anker, Jimmy Chin et Renan Ozturk

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