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NEWS - Livre - Himalayisme - Le 15 octobre 2015 
Par Manu Rivaud

Les Britanniques Mick Fowler, 59 ans, et Victor Saunders, 65, font partie des figures mondiales alpines, depuis 30 ans. Inusables grimpeurs de hautes montagnes – ils repartent ensemble en expé l’an prochain – leurs aventures en Himalaya ont été bien souvent accomplies au plus haut niveau technique et d’engagement. Dans ce recueil de récits déjà parus dans la littérature alpine anglaise, mais cette fois traduits et rassemblés pour les francophones, ils racontent à deux mains trois de leurs aventures au Pakistan : leur échec cuisant au Bojohagur (7329 m) en 1984, leur superbe ascension du Golden Pillar au Spantik (7028 m) en 1987, et enfin leur tentative à l’Ultar (7388 m), en 1991. Sans héroïsme, armés de l’humour typique, Fowler et Saunders prennent plaisir à souligner les absurdités de leurs entreprises pour en révéler toute l’importance : une vraie bouffée d’oxygène, des réponses au pourquoi.

Books Les tribulations de Mick et Vic

Fowler et Saunders maîtrisent sans conteste l’art de gravir les montagnes inconnues et difficiles – et la liste est longue – mais sont britanniques. Là est la richesse. Même si l’himalayisme en style alpin pratiqué dans les plus raides parois de l’Himalaya est une chose sérieuse, Fowler et Saunders nous rappellent ici, armés de leur humour national, qu’aucune ascension ne mérite trop de gloire. Ils nous expliquent que l’alpinisme permet plutôt de trouver l’équilibre pour certains… Ou encore d’acquérir des souvenirs qu’on prendrait plaisir à faire ressurgir autour d’une barrique de pub anglais, couverte de bières.

L’humour anglais a cette singularité de recourir à l’absurdité d’une chose pour en souligner l’importance, et ainsi le pouvoir de la communiquer à tous : comment un fonctionnaire des impôts – Fowler – et un architecte mathématicien – l’autre, devenu guide à 46 ans – en viennent-ils à gravir un pilier de 2000 mètres entre 5 et 7000 mètres d’altitude au fin fond du Pakistan ? Cette première ascension du Golden Pillar du Spantik – une ligne exceptionnellement esthétique, la couverture – fit date en 1987 et reste aujourd’hui l’une des ascensions majeures de l’histoire de l’himalayisme. Menée en pur style alpin et en sept jours par ces deux diables d’Anglais, elle n’a été répétée ainsi qu’à une seule reprise, en 2000, par une équipe de quatre himalayistes solides : les Slovène et Hongrois Marko Prezelj et Attila Ozsvath, avec les Français Manu Guy et Manu Pellissier.

En lisant ces récits de Saunders et de Fowler, plutôt bien traduits, on découvre d’abord leur penchant pour les pubs bondés et une certaine aptitude à la prise de risque le week-end : alcool, combats de boxe voués à l’échec, nuits improbables… puis leur passion viscérale pour l’alpinisme. Ils révèlent leurs vingt ans, roulant avec d’autres sur des centaines de kilomètres lors des week-end d’hiver pour rejoindre les pires falaises d’Écosse, où de minces couches de givre et de glace attendaient leurs habiles crampons et piolets. Ils décrivent ces lieux où, souvent dans des conditions excécrables, ils ouvraient des voies diaboliques. Puis Fowler, l’ultra-organisé en semaine, se dévoile : un fonctionnaire en veston et chaussures noires, qui pour rien au monde ne renoncerait à partir en expé pour un sommet difficile lors de ses congés. Etrange, Watson… sauf que depuis ces aventures menées dans les années 1980, Fowler n’a pas changé de métier, s’est même marié et est devenu père, tout en continuant à gravir de hautes montagnes difficiles : « je pense que cette stabilité professionnelle et familiale permet à Mick d’être fort dans des moments précaires, dans les longueurs dures notamment », indique Victor. Le surnom de Saunders, c’est « l’Anguille ». À travers ses mots à lui, on comprend que l’alpinisme engagé est aussi un prétexte à résoudre pour celui qui analyse, dessine des plans.

Ces deux Britanniques écrivent également sans pudeur particulière, ni prétention : on accroche d’autant plus. Ils nous expliquent donc aussi comment, avant de réussir le Spantik, ils ont brillamment foiré leur objectif de première au Bojohagur. Ils avouent aussi comment la réussite au Golden Pillar a tenu à un fil, celui de la météo : « à l’époque nous n’avions pas de prévisions disponibles comme aujourd’hui, rappelle Saunders, néanmoins nous étions préparés à rencontrer le mauvais temps en paroi. Alors maintenant, cela existe, mais parfois elles se trompent. Et je me demande si les jeunes grimpeurs sont vraiment prêts pour ne pas trop subir ce genre d’erreur ». Habile Victor, qui apparaît clairement comme le stratège patient de la cordée, alors que Fowler, souvent inquiet du temps qui passe, pète parfois les plombs à attendre le beau temps, bloqué sous la tente.

Ce livre donnera-t-il envie aux jeunes générations de partir à l’aventure sur de hauts sommets vierges en Himalaya ? Pas sûr… Il a le mérite de témoigner de l’activité, en toute transparence, et de faire rire à moult reprises. Aussi de raconter le Pakistan, ses inextricables vallées et ses montagnes aux noms bien étranges.

Himalaya, les tribulations de Mick et Vic 
Originaux et extraits des ouvrages Vertical pleasure et On thin ice (Fowler, 1995 et 2005), Elusive summits et No place to fall (Saunders, 1990 et 1994), traduits par Éric Vola (avec Laure Roussel) - Éditions du Mont-Blanc (2015) – 19,90 €.

©Sommets.info/MR76

 

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