Écrins : nouvelle voie en face sud des arêtes de la Meije

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NEWSAlpinisme – Massif des Ecrins 15 septembre 2015
Par Manu Rivaud

Les 5 et 6 août derniers, le guide de haute montagne haut-alpin Arnaud Guillaume et son ancien disciple Antoine Avenas ont ouvert une nouvelle voie rocheuse d’ampleur dans le massif des Ecrins, en face sud des arêtes de la Meije (3983 m), à l’aplomb de la 4ème Dent. Équipée de manière épurée, elle s’adresse à de solides alpinistes-grimpeurs, expérimentés en terrain à protéger soi-même.

Le massif de la Meije, versant sud, ici bien sec début septembre 2009, et le tracé de la nouvelle voie. ©Sommets.info/MR76.
Le massif de la Meije, versant sud, ici bien sec début septembre 2009, et le tracé de la nouvelle voie. ©Sommets.info/MR76.

Arnaud Guillaume, 46 ans, n’en est pas à sa première ouverture d’envergure dans les Écrins. On lui doit notamment celles de Passy Bonne Pierre direct (600 m, ED-, avec Julien Désécures, sept. 2004) en face nord-ouest de la pointe de Bonne Pierre (secteur du Dôme) – un nom qui témoigne d’une certaine affection pour le rocher délicat de ces contrées – ainsi que de belles lignes directes aux sommets des Ailefroides centrale et occidentale, toujours en nord-ouest : le Pilier des Temps Maudits (1000 m, ED-), avec Pascal Dauger les 1er et 2 octobre 1997, et la Croisée des Chemins (1000 m, ED-), avec le même du 12 au 14 septembre 2001. Notables aussi l’Éloge de la fuite (ED-), avec Stéphane Benoist du 27 au 29 mars 1997, en face nord-ouest du Pic Sans Nom, et dernièrement Gérons la canicule (600 m, TD+), avec Max Bonniot le 18 août 2012, en face nord du Pic Gaspard. C’est avec Antoine Avenas, 25 ans, actuellement en formation d’aspirant-guide, qu’il a donc ouvert Les ouvreurs se cachent sur une vire (700m, ED-/ED, 6c max. et 6b+ obligatoire), en face sud des arêtes de la Meije, les 5 et 6 août derniers. Avenas, que Guillaume a encadré en 2011 et 2012 au sein du groupe Espoir alpinisme des Hautes-Alpes (FFCAM), n’a pas encore le passif de son mentor mais reste néanmoins l’ouvreur, avec les autres balles neuves du coin Hélias Millerioux et Jonathan Isoard, de ce qui devrait être la voie mixte la plus difficile de la face nord-ouest de l’Ailefroide occidentale : le Reactor (1000 m, ED+, 6b/M7, WI5+, R, juin 2014).

Les ouvreurs se cachent en Écrins mais qui est vraiment le coupable ? Jean-Michel Cambon – encore lui – qui prévenait Guillaume, il y a une poignée d’années, de poser là 200 spits lors d’un prochain chantier. « Puis Jean-Michel a fini par m’avouer qu’il n’avait plus l’énergie pour une telle manœuvre », explique Arnaud. D’un point de vue de l’équipement en tout cas, on est aujourd’hui bien loin de la menace de Jean-Michel : si les 5 premières longueurs de cette voie nouvelle sont identiques à celles de la voie classique du Bastion central, et donc plutôt équipées, on ne comptera sur l’ensemble des 23 suivantes qu’une quinzaine de pitons et 6 goujons de 8mm, relais compris… Répétiteurs potentiels des Ouvreurs vous voilà prévenus, ceux qui se cachent sur une vire ne sont pas forcément des cadeaux. Et lorsque Guillaume annonce « 6b+ obligatoire », il s’agit d’un niveau requis en terrain montagne non équipé ou presque.

Les ouvreurs se cachent sur une vire – on y comprendra quelques messages dédiés à Cambon lui-même et sans doute aussi au Parc National des Ecrins et à sa charte de l’équipement – évolue d’abord, jusqu’à la grande vire médiane qui raye tout le versant, sur 10 nouvelles longueurs à droite de la voie du Bastion central (Pierre Chapoutot, Bernard Wyns, 1969) et à gauche de la Francou/Péguy (Bernard et Vincent, 1978). D’un excellent bivouac sur la grande vire, où « 4 personnes, ou 2 couples, peuvent aisément dormir à plat », elle file ensuite à l’aplomb de la 4ème Dent sur 9 nouvelles longueurs. Elle rejoint alors les deux dernières longueurs de la voie Bouilloux/Wilmart, venant de la droite, et sort ainsi à la brèche formée par la 4ème Dent et le Doigt de Dieu.

La partie haute de la voie. Une trace voulue des plus précise et réalisée au mieux avec Arnaud Guillaume… ©Sommets.info/MR76
La partie haute de la voie. Une trace voulue des plus précise et réalisée au mieux avec Arnaud Guillaume… ©Sommets.info/MR76

« C’est la partie haute qui nous a demandé le plus d’efforts », précise Arnaud Guillaume. Le premier jour en revanche, dans la partie basse, les difficultés ont été moins importantes que prévu. Le ton de la seconde partie a néanmoins été donné dès cette fin de journée : « on a fixé en fin d’après-midi les deux premières longueurs de la partie supérieure. Et là, j’ai dit gros chantier. Il n’y avait pas vraiment de lignes de faiblesse évidentes, c’était compact, et super raide », témoigne le guide. Le deuxième jour, après dix heures passées à ouvrir 7 longueurs, quelques sections bien engagées et quelques doutes sur l’issue, la cordée sort à la brèche finale à 18 heures.

Selon Guillaume, Les ouvreurs se cachent sur une vire « devrait devenir une belle classique, d’un niveau similaire à l’Eloge de la fuite au Pic Sans Nom ou encore à la Directe de gauche Bouilloux/Wilmart à l’Olan, mais en meilleur rocher ». Très recommandable donc. Parole d’Évangile ? … Avis aux futurs répétiteurs.

Infos techniques pour une répétition

Équipement de la voie

Relais. Spits et pitons pour les 5 premiers relais (sauf R2 à faire sur becquet) puis R6 : 1 piton ; R7 : 1 piton ; R8 : à faire ; R9 : à faire ; R10 : à faire ; R11 et R12 : vire, à faire ; R13 : la lunule n’indique que l’emplacement… ; R14 : à faire ; R15 : 1 goujon. R16 : 1 piton. R17 : à faire ; R18 : 1 goujon et 1 piton. R19 : 1 goujon et 1 piton. R20 : à faire (fissure jaune). R21 : vire blanche, à faire ; R22 : à faire  en fissure ; R23 : niche, à faire ; R24 : sur becquet ; R25 : à faire ; R26 : 1 piton. R27 : à faire ; R28 : 1 piton.

Longueurs. Aucun équipement en place sauf quelques spits et pitons dans les 5 premières longueurs puis : L6 (1 piton), L8 (2 pitons), L15 (1 goujon et 1 piton), L16 (1 goujon),  L19 (1 lunule), L20 (1 piton, 1 lunule), L21 (1 piton), L24 (1 goujon en fin de traversée à l’aplomb du relais pour renvoi), L26 (2 pitons).

Passages clé partie inférieure : L8 (6a+ en dièdres), L10 (6a, sortie du dièdre noir oblique caractéristique), L16 (6b+, dièdre, passage engagé donnant le niveau obligatoire).

Passages clé partie supérieure : L18 (6a+, sortie soutenue), L19 (6c, surplomb et engagement à la sortie), L20 (pendule ou 7 ?, et 6a), L22 (6a+, assurage délicat), L23 (6a+), L24 (6b+, dièdre en rocher douteux), L25 (6b, dièdre), L26 (5+ expo).

Matériel requis : 1 jeu de petits câblés jusqu’au n°1 – 1 jeu de micro friends Camalots® C3 du 00 au 0.1 – 2 jeux de friends Camalots® C4 du 0.3 au 2, et un N°3 – 6 pitons (1 cornière, 1 universel, 1 lame et 3 extra-plats) – 1 goujon ou 1 spit pour libérer le pendule dans L20. – Encordement à 50 m.

Pour le descriptif complet des longueurs et l’indispensable croquis par Arnaud Guillaume, c’est ici.

©Sommets.info/MR76

Une réflexion au sujet de « Écrins : nouvelle voie en face sud des arêtes de la Meije »

  1. Bonjour, je me permets de préciser que dans la deuxième partie, après la vire, la Francou-Péguy ne passe pas par le milieu du bastion au début, mais par la grosse cheminée à l’aplomb de la 3ième dent. Description à lire en détails dans le topo Labande. Merci

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