Dhaulagiri, Annapurna, Nuptse, Latok 1, rêves intacts

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NEWS - Himalayisme - Népal et Pakistan - 24 novembre 2015 
Par Manu Rivaud et François Carrel

Ils nous ont fait rêver cet été et jusqu’à l’automne… Nous avions partagé avec vous dès le mois de juillet l’excitation du départ de quatre expéditions ambitieuses en Himalaya, menées par de grands alpinistes : au Népal, Yannick Graziani et Patrick Wagnon partaient pour le pilier sud-ouest du Dhaulagiri (8167 m), le Groupe militaire de haute montagne français (GMHM) pour l’éperon des Japonais en face sud de l’Annapurna (8091 m), les cordées Ueli Steck/Colin Haley et Hélias Millerioux/Benjamin Guigonnet  pour les faces sud du Nuptse est (7804 m) et ouest (7772 m). Enfin au Pakistan, les frères Thomas et Alexander Huber visaient la face nord du Latok 1 (7145 m). Ces expéditions, menées en style alpin et représentatives du haut niveau moderne en Himalaya, avaient toutes en commun la technicité et la hauteur des parois convoitées,  de 2200 à 2700 mètres. Toutes les quatre ont échoué : l’acclimatation à l’altitude, les conditions météo et de terrain ont dicté leurs lois.

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Expé Dhaulagiri, 12 octobre, altitude 6600 m : Yannick Graziani à la descente en rappel lors de la retraite, après la chute de neige qui mit fin à leur tentative à plus de 7100m. Près des lacs, en bas à gauche, le camp de base avancé de la cordée. ©Patrick Wagnon, courtoisie pour Sommets.info.

Très haut sur le pilier sud-ouest du Dhaulagiri

Sur le pilier sud-ouest du Dhaulagiri, Yannick Graziani et Patrick Wagnon sont allés jusqu’à… 7150 m, à 1000 mètres de la cime après quasiment 2000 mètres de grimpe. Ils ont mené trois ascensions successives, via leur camp de base avancé monté au pied de la face, à 5100 m. Une première incursion, en guise d’acclimatation, les a menés à 6100 m sous une succession de ressauts menant à la base du gros bastion rocheux supérieur située à près de 7000 m d’altitude. Ils ont partiellement équipé cette première partie de l’itinéraire – un couloir du type Whymper à la Verte – avec environ 300 mètres de cordes fixes. La seconde incursion sur le pilier, alliant acclimatation et reconnaissance, leur a permis de rejoindre le pied du gros bastion, à plus de 6900 m. Dans les premiers ressauts rocheux suivant le couloir, les deux alpinistes ont franchi plusieurs passages évalués en IV et V.

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Yannick Graziani dans le 1er ressaut, à 6000 m environ. ©Patrick Wagnon, courtoisie pour Sommets.info

Après quelques jours de repos au camp de base, à 4400 m dans la vallée, ils lancent une tentative vers le sommet, du 7 au 12 octobre. Première nuit à leur camp de base avancé, une seconde à leur emplacement de bivouac à 6100 m, puis une troisième à 6900 m, le tout par beau temps. Le 10 octobre, ils traversent sous le bastion supérieur pour le contourner par la gauche, via une succession de rampes neigeuses. Ce contournement du bastion supérieur aurait constitué, en cas de réussite, une variante inédite à l’itinéraire original. Les expéditions précédentes sur ce pilier sud-ouest avaient en effet choisi de passer tout droit au travers du bastion supérieur (expédition ENSA 1980 en style « siège », cordée Beghin-Muller en tête, et expédition tchéco-soviétique, cordée Demjan-Moiseev-Valiev, première en style « capsule » du pilier sud-ouest en seize jours lors de l’été 1988).

L'itinéraire choisi par Yannick et Patrick sur le pilier sud-ouest du Dhaulagiri. Le triangle indique le dernier camp atteint à 7100 m. ©Patrick Wagnon, courtoisie pour Sommets.info
L’itinéraire choisi par Yannick et Patrick sur le pilier sud-ouest du Dhaulagiri. Le triangle indique le dernier camp atteint à 7100 m. ©Patrick Wagnon, courtoisie pour Sommets.info.

Le temps s’est beaucoup dégradé durant cette journée du 10 octobre. Quand Graziani et Wagnon s’installent pour bivouaquer, peu confortablement à 7100 m, la neige tombe. Ils sont douchés toute la nuit par des coulées légères de neige fraîche ou spindrifts : « une nuit très éprouvante », lâche un Yannick Graziani pas vraiment réputé pour sa fragilité… Au matin du 11, il y a près de 30 centimètres de neige fraîche dans la face et les prévisions météo sont incertaines. Les deux Français remontent pourtant encore un peu la succession de rampes en traversée, atteignent l’altitude de 7150 m avant de jeter l’éponge face à l’instabilité météo : « c’était trop tendu », explique sobrement Graziani. Ils sont alors à moins de 200 mètres de la fin des difficultés techniques : « La rampe est jouable, estime Yannick. Il nous restait encore quelques difficultés, mais ça doit passer… ». La fin de l’ascension prévue aurait ensuite consisté à remonter l’immense plateau neigeux peu incliné menant au sommet, entre 7300 m et 8167 m… mais les deux Français ne l’auront jamais atteint. En trois longues journées de descente dont deux de rappels, ils rejoignent leur camp de base avancé puis le camp de base.

S’ils caressent un temps le projet de contourner la montagne pour tenter la voie normale du sommet en versant nord-est, aucun créneau météo ne s’est présenté avant la date de leur retour. L’aventure fut belle pourtant et le pilier, de difficulté continue mais jamais extrême sur près de 2000 mètres de dénivelée, a été à la hauteur de leurs espérances. « Le rêve est intact… j’ai envie d’y retourner », sourit Yannick.

Le pilier sud-ouest du Dhaulagiri, de 5300 à 7500 mètres d'altitude. ©Patrick Wagnon, courtoisie pour Sommets.info.
Le pilier sud-ouest du Dhaulagiri, de 5300 à 7500 mètres d’altitude.
©Patrick Wagnon, courtoisie pour Sommets.info.

Le four de l’Annapurna

« Trop chaud », « trop de vent », « des chutes de pierres du matin au soir », « une face desséchée » : les membres du Groupe militaire de haute montagne ont cumulé les aléas en face sud de l’Annapurna, fin septembre.

Dès la première période d’acclimatation dans le Haut-Mustang voisin, début septembre, le grand beau temps et la chaleur sont au rendez-vous : « à 6000 m d’altitude, au soleil, on a relevé 19°C à 7h du matin, témoigne le capitaine Didier Jourdain. Et cette chaleur n’a jamais cessé ». Arrivé au pied de la face sud de l’Annapurna le 14 septembre, le groupe assiste jour après jour au dessèchement de la paroi. La météo au beau fixe et la chaleur font des ravages : « on voyait les pentes de neige et les goulottes de glaces disparaître petit à petit de la face », raconte le caporal-chef Sébastien Ratel. La face sud de l’Annapurna, exposée au soleil dès l’aube et jusqu’en fin d’après-midi, se transforme en un mur de mauvais rochers et n’est plus qu’un four où les chutes de pierres s’en donnent à cœur joie. Sans neige et sans glace, l’objectif de gravir en style alpin l’éperon des Japonais ou même tout autre itinéraire, déjà ardus en bonnes conditions, est fortement menacé.

La face sud de l'Annapurna, le 16 septembre. En orange, la voie Béghin/Lafaille/Steck. En bleu, l'éperon japonais. Photo courtoisie du GMHM pour Sommets.info.
La face sud de l’Annapurna, le 16 septembre. En orange, la voie Beghin/Lafaille/Steck. En bleu, l’éperon japonais. ©GMHM, courtoisie pour Sommets.info.
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La même, seulement 15 jours plus tard, le 30 septembre. ©GMHM, courtoisie pour Sommets.info.

La fonte n’est pas encore totale : l’équipe installe un camp avancé à 5000 m et balise l’approche glaciaire jusqu’au pied de la paroi, à 5500 m. Le 20 septembre, tout est prêt pour une tentative. Hélas, depuis Chamonix, Yann Giezendanner, météorologue, annonce la « persistance du beau temps, un iso -10°C à seulement 7500 m et du vent violent de secteur sud-ouest en altitude » relate Ratel. Les grimpeurs patientent…

Le 30, la face a subi le soleil et la chaleur : elle est desséchée. À la faveur d’un créneau de moindre vent, Seb Ratel, Sébastien Moatti, Antoine Bletton et Max Bonniot décident tout de même d’une tentative : « on avait déjà renoncé à l’éperon des Japonais avec de telles conditions dans la face mais on espérait encore pouvoir réussir la voie Beghin avec 5 bivouacs, ou au moins nous acclimater davantage jusqu’à 7000 m », raconte Ratel. Partis à une heure du matin du camp avancé, les quatres himalayistes ont une désagréable surprise : la rimaye, empruntée sans difficulté via un aimable cône de neige par le Suisse Ueli Steck et les Français Yannick Graziani et Stéphane Benoist, en octobre 2013, n’est « plus une pente de neige, mais bien un mur rocheux de 20 mètres », explique Ratel. Une salve de pierres « fait monter la pression d’un cran » : le passage est trop expo, ils renoncent. Par un dièdre fort raide, pour partie en glace et haut de 40 mètres, plus à gauche et mieux abrité, ils parviennent à prendre pied dans les premières pentes. Avec l’arrivée du soleil, ils atteignent un lieu abrité capable d’accueillir leurs deux tentes de bivouacs. La décision de s’y installer est prise mais une déception survient : « nous n’étions qu’à 5800 m alors que nous pensions être à 6100 ! ». Le prochain « abri », pour un second bivouac, n’a été repéré qu’à 7000 m… 1200 mètres plus haut.

Le soleil se met à cogner et les chutes de pierres deviennent régulières. Ratel : « les pierres sifflaient, toutes les dix minutes. Quelques éclats flirtaient parfois avec nos tentes. Nous étions protégés mais on s’est rendu compte que les chutes commençaient dès les premiers rayons du soleil et duraient jusqu’à 16h30, l’heure à laquelle la face passe à l’ombre ». Même si les alpinistes sont prêts à grimper de nuit, ils n’ont pas très bien dormi cet après-midi là. Elle passe entre récupération, observations et réflexions. Au final, les alpinistes craignent un temps de regel nocturne trop court, « de ne pas être suffisamment reposés et acclimatés pour grimper assez vite jusqu’au prochain bivouac abrité et de se faire piéger par le soleil avant de pouvoir l’atteindre ». À 18 heures, depuis ce premier camp qu’ils nommeront « le bunker », les quatre hommes décident la retraite en rappels. Ils laissent là gaz et nourriture, espérant que le temps change et permette plus tard une autre tentative.

Les prévisions météo restent impitoyables : le soleil et la chaleur persistent et le vent s’installe de nouveau pour plus d’une semaine. Devant ce constat, l’équipe décide le 2 octobre, au camp de base, de terminer l’expédition. Ratel estime que « l’ascension en style alpin du pilier japonais semble nettement plus sérieuse que celle de la voie Beghin. Elle est mieux protégée des chutes de pierres ou des avalanches, mais ses sections mixtes et rocheuses paraissent bien plus dures et plus longues ». Partie remise ? Le groupe affirme que « rien n’est encore fixé ».

La vidéo du passage de la rimaye, de l’attente au camp à 5800 m et de la retraite en rappels.

Série de tuiles au Nuptse

En face sud du Nuptse, les Français Hélias Millerioux et Benjamin Guigonnet envisageaient l’ouverture d’une voie nouvelle à l’aplomb du sommet ouest, le Nuptse Nup II (7772 m), l’Américain Colin Haley et le Suisse Ueli Steck la répétition de la mythique Sonate au clair de lune de Babanov et Koshelenko, le long du pilier sud du Nuptse Shar I (7804 m). Aucune des deux équipes n’est parvenue à s’engager dans ces itinéraires.

La face sud du Nuptse avec en rouge, la voie népalo-britannique remontée jusqu'à 6900 m le 23 octobre par Steck, Haley, Millerioux et Guigonnet. À droite, en orange, la ligne approximative du pilier sud au sommet Est, qui était l'objectif de la cordée Steck/Haley. À gauche, le secteur d'ouverture visé par Millerioux et Guigonnet, à l'aplomb du sommet ouest. Photo courtoisie d'Hélias Millerioux pour Sommets.info.
La face sud du Nuptse avec en rouge, la voie népalo-britannique remontée jusqu’à 6900 m le 23 octobre par Steck, Haley, Millerioux et Guigonnet. À droite, en orange, la ligne approximative du pilier sud au sommet Est (l’objectif de la cordée Steck/Haley). À gauche, le secteur d’ouverture visé par Millerioux et Guigonnet à l’aplomb du sommet ouest. ©Hélias Millerioux, courtoisie pour Sommets.info.

Les premiers jours, du 27 septembre au 8 octobre, les conditions météo sont bonnes et le pilier sud est en bonnes conditions mais le Suisse et l’Américain ne parviennent pas à s’acclimater au même rythme : « Si Ueli est capable de s’acclimater très vite, et je l’ai vraiment constaté, cela n’a pas été mon cas, a témoigné Haley sur son blog. Cela a causé une sorte de tension, Ueli s’impatientait, j’ai tenté de faire au mieux mais ce n’était pas réaliste pour moi ». Pour les Français, à cette période, la neige et la glace manquent cruellement dans le premier tiers de la ligne qu’ils envisagent d’ouvrir. Ils prennent le temps de s’acclimater tout en espérant une perturbation capable d’améliorer les conditions dans la partie inférieure de leur voie.

Du 10 au 20 octobre, la météo finit par piéger les deux équipes : « chaque après-midi, des chutes de neige peu violentes mais persistantes, accompagnées d’un vent fort, enneigent la paroi », explique Millerioux. Le risque d’avalanche augmente sensiblement ; le vent tempêtueux s’installe au-dessus de 7000 m. Pour Steck et Haley, ce changement météo sonne le renoncement au pilier sud : « Ueli redoutait ce retour du vent en altitude et n’a pas manqué de nous alerter, raconte Haley. Le retour du froid signifiait aussi porter davantage de matériel de bivouac et de vivres. (…) On a commencé à penser que l’ascension du pilier était compromise ». Même doute pour la cordée française : son projet d’ouverture à l’aplomb du sommet ouest prend du plomb dans l’aile.

Le 22 octobre, à la faveur d’une prévision de moindre vent pour 48 heures seulement, les deux cordées décident d’une tentative d’ascension éclair de la face via l’itinéraire népalo-britannique original, dite voie Bonington, beaucoup moins technique : « on ne pouvait pas repartir sans mettre les pieds dans la paroi et sans se persuader qu’il n’y avait plus de solutions, avoue Millerioux. A posteriori, je pense qu’on aurait pu, à défaut d’ouverture, atteindre le sommet principal du Nuptse en s’engageant dans cette voie anglaise dès le début de l’expé » poursuit-il.

Le 23 octobre à 4h30 du matin, les 4 himalayistes quittent le village de Chukung (4730 m), dernier hameau de la vallée au bout de laquelle s’élèvent les faces sud du Nuptse et du Lhotse. Chargés chacun d’à peine 10 kilos de matériel, ils parviennent deux heures plus tard, « en baskets », au pied de la face, troquent leur tenue de trail pour celle d’alpinisme. Par une variante d’attaque à l’éperon népalo-britannique, ils progressent décordés dans les premières pentes : « Ueli a fait toute la trace devant. On arrivait pas à le suivre, même dans ses pas. C’est un mutant » raconte Millerioux. À 14 h, les 4 hommes posent leurs deux tentes à 6900 m : un peu moins de 1000 mètres restent à gravir pour atteindre la cime. Rapidement, le vent forcit et la neige, comme à son habitude depuis maintenant dix jours, se met à tomber. Au matin du 24, « trop de vent d’ouest et des accumulations de neige un peu partout dans le haut de la face » poussent les grimpeurs à la retraite. À nouveau décordés, ils désescaladent les 1300 mètres grimpés la veille et regagnent Chukung.

Dans la voie népalo-britannique (dite aussi Bonington, 1961), le 23 octobre (Photo courtoisie d'Hélias Millerioux pour Sommets.info).
Dans la voie népalo-britannique (dite aussi Bonington, 1961), le 23 octobre. ©Hélias Millerioux, courtoisie pour Sommets.info.

 

Pour Millerioux et Guigonnet, c’est « partie remise. La ligne qu’on envisage est magnifique et nous convient ». Ueli Steck, laconique, lâche que « le pilier sud du Nuptse Shar est une ligne superbe » et qu’il y reviendra. Quant à l’Américain Haley, il digère encore les tenants et aboutissants d’un tel projet : « l’échec fait partie du jeu. Je suis tout de même content d’être parvenu à 6900 m, une altitude que je n’avais jamais atteinte auparavant »… L’acceptation du risque d’avalanche l’a également marqué : « dans la nuit du 23 au 24 octobre, beaucoup de neige s’est accumulée dans le bas de l’itinéraire que nous avons emprunté. Et certaines pentes étaient dangereuses, bien plus que je ne l’aurais souhaité ».

L’intouchable face nord du Latok 1

Les Allemands Thomas et Alexander Huber, le Suisse Dani Arnold et l’Autrichien Mario Walder n’auront finalement pas même tenté la face nord mythique du Latok 1 : ils ont été repoussés sans appel par des conditions qu’ils ont décrites comme « suicidaires », dans le massif en général et sur ce mur extraordinaire en particulier. Cet été au Pakistan aussi, la chaleur était au rendez-vous en altitude.

Dès leur arrivée au camp de base début juillet, l’état de la face, extrêmement encombrée de séracs, les inquiète. Le massif est très enneigé et les températures sont trop élevées : la face nord est continuellement parcourue d’avalanches et de chutes de pierres. Après deux échecs sur un petit sommet d’acclimatation à 6000 mètres, en raison d’une neige désespérément profonde et molle, ils décident d’aller parfaire leur acclimatation un peu plus loin et plus haut, espérant un refroidissement pour plus tard. Sur la face sud du Latok 3 (6949 m), ils repèrent une ligne qui leur semble relativement sûre, un itinéraire empruntant notamment un beau bastion rocheux bien sec. Ils installent leur camp sur un petit plateau confortable, au pied de ce bouclier rocheux, à 5600 m.

Dans la nuit, une série de trois chutes de séracs les épargne par miracle. Au matin, ils ont perdu une partie de leur matériel et découvrent, livides, la masse de glace qui est tombée tout près d’eux, sur leur petit plateau. « Cela a été une expérience inédite pour nous. Nous avons déjà vécu beaucoup de situations délicates, mais à ce point là… Notre décision a été immédiate : descendre », raconte Thomas Huber.

De retour au camp de base, le beau temps est encore là, obstiné, et les températures sont toujours aussi élevées. Toute tentative en face nord du Latok 1 est alors clairement exclue : « Il n’y avait pas la moindre ligne envisageable avec un minimum de sécurité. Des séracs partout… j’ai suffisamment de rêves moins exposés pour éviter de m’engager dans ce genre de face avec ces conditions-là », tranche Alex Huber. « Nous sommes alpinistes car nous aimons la vie… pas pour finir en héros morts ! », complète Thomas.

Les quatre hommes envisagent de se replier sur l’arête nord du Latok 1, un peu moins exposée, théâtre d’une vingtaine de tentatives infructueuses depuis 1978 (lire notre focus ici). Thomas, en particulier, brûle de la tenter, quitte à grimper de nuit pour se protéger durant la journée en raison des températures trop élevées. Mais ses trois compagnons, profondément ébranlés par leur expérience au Latok 3, n’ont plus ni l’envie ni l’enthousiasme indispensables à ce genre d’aventure. Après avoir enfin réussi leur sommet d’acclimatation vierge, à 6160 mètres, brassant à la descente une épaisse couche de neige humide dès les premières heures de soleil, les compères reprennent le chemin de Skardu, devançant d’une quinzaine de jours la fin prévue de leur expédition…

Alex est clair : il ne reviendra pas sur ce versant nord du Latok 1. Thomas, l’enthousiaste, revient pour sa part avec un sentiment plus mitigé. S’il exclut une nouvelle tentative en style alpin sur cette face nord, il laisse la porte ouverte à une autre approche : « quand tu as vu ce mur, tu ne peux plus l’oublier… et tu réfléchis en alpiniste : comment rendre possible cette face apparemment impossible ? » Pour lui, le rêve demeure…

La vidéo de l’expédition diffusée par Adidas, sponsor des frères Huber (sous-titres anglais en cliquant sur l’icône texte en bas à droite après le démarrage de la vidéo).

©Sommets.info

Plus d'images et de témoignages sur les blogs des alpinistes cités : 

Yannick Graziani : www.yannick-expedition2015.com
GMHM : www.gmhm.terre.defense.gouv.fr 
Ueli Steck : www.uelisteck.ch  
Colin Haley : www.colinhaley.com 
Hélias Millerioux : www.helias-millerioux.fr 
Alexander et Thomas Huber : www.huberbuam.de

 

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