82 4000 des Alpes : l’extraordinaire enchaînement de Ueli Steck

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FOCUS - Alpinisme - 82 4000 des Alpes - 16 septembre 2015
Par Manu Rivaud

Du 11 juin au 11 août dernier, en 62 jours, le Suisse Ueli Steck a gravi les 82 sommets de 4000 mètres des Alpes, du Piz Bernina à l’est à la Barre des Ecrins au sud, en les reliant à pied et à vélo. Steck réalise ainsi une performance inédite pour un seul homme, avec notamment l’ascension en solitaire de 32 des 82 sommets. Il nous a raconté son aventure, fin août à Chamonix.

Ueli Steck. ©Sommets.info/MR76
Ueli Steck. ©Sommets.info/MR76

Les jambes fuselées à la Bolt et lisses comme celles d’un cycliste, Ueli entre tôt ce matin du 28 août au bistrot des Sports à Chamonix. Hier, à peine deux semaines après son enchaînement des 82 4000 des Alpes réalisé en 62 jours, Steck a couru l’OCC, la course à pied partie de l’Ultra Trail du Mont-Blanc comptant 53 kilomètres de distance et 3300 mètres de dénivelé positif via Orcières, Champex et Chamonix. Il n’avait « pas encore récupéré des 4000 », mais a terminé 22ème de ce trail au général, sur 1200 partants et toutes catégories confondues, en 6 heures et 19 minutes. Ueli explique, en attendant son café moussu : « j’ai été mauvais sur le plat ». L’athlète numéro un des sommets, reconnu comme tel par moult de ses congénères, ne manque pas d’humour et d’exigence envers lui-même.

À la force de sa tête, de ses jambes et de ses bras, Ueli a donc gravi cet été les 82 cimes des Alpes répertoriées comme sommets de 4000 mètres par l’Union internationale des associations d’alpinisme (UIAA), en les reliant à pied et à vélo. Cyclisme sur les routes entre les massifs, treks ou trails des vallées aux refuges, alpinisme des refuges aux sommets, les chiffres donnent le vertige : sans compter la poignée de vols en parapente qu’il a pu réaliser pour quelques courtes liaisons, Steck a cumulé en 62 jours 117 000 mètres de dénivelé positif et arpenté plus de 1700 kilomètres. Autrement dit, journées d’inactivité ou de repos comprises, il a parcouru quasiment 2000 mètres de montée et 30 kilomètres de distance par jour pendant deux mois, via les plus hautes cimes de l’arc alpin.

Avec cette réussite, Steck rejoint les quelques-uns qui, dans le passé, avaient fini par apprivoiser l’idée d’enchaîner les 4000 des Alpes et tenté de la réaliser : les Anglais Simon Jenkins et Martin Moran pour les premiers en 1993, les guides français Patrick Berhault et Philippe Magnin seulement onze ans plus tard en 2004, le guide slovène Miha Valic à l’hiver 2007, mais avec liaisons véhiculées, enfin les guides italiens de Trento Diego Giovannini et Franco ‘Franz’ Nicolini, à l’été 2008. Avant Steck, seuls les Italiens ont réussi l’enchaînement des 82 sommets sans moteur et sans casse, en 60 jours de voyage. Le record de Ueli est là : 29 jours effectifs lui ont été requis pour gravir l’ensemble des sommets, contre 32 aux Italiens (voir le calendrier complet de l’enchaînement en fin d’article).

Le Suisse revient sur le pourquoi : « je ne tenais pas à battre un record, mais seulement à prendre l’air, bouger vite et longtemps, me ressourcer après une année 2013 dont je suis sorti exténué et vidé ». 2013, l’année de la rixe avec les Sherpas à l’Everest, l’année enfin de son solo dantesque à la face sud de l’Annapurna : Steck, en termes médicaux, en revint atteint du syndrôme de l’accomplissement absolu, et perturbé par la somme des risques qu’il avait accepté d’y prendre. Un deuxième café moussu arrive : « non merci, si je veux récupérer, je ne dois pas trop en boire ». Ueli aime préciser parfois qu’il se sent vieillir un peu. Il a 39 ans : on va voir que tout est relatif.

Les cartes étendues sur les tables du bistrot, Ueli décrit précisement sa route. Lorsque l’enchaînement apparaît dans son intégralité, on comprend peut-être pourquoi Ueli n’a « pas encore complètement récupéré des 4000 ». Berhault disait, avant de chuter mortellement et tragiquement sur le chemin du Täschhorn (4491 m, Valais suisse), son 66ème sommet, qu’enchaîner les 82 4000 en 80 jours « c’est quand même soutenu, enfin… physiquement je veux dire ». Berhault, une référence alpine française*. Berhault : Ueli aura une grosse pensée pour lui, au soir du 25 juin, 15ème jour de son périple.

Du Dom au Täschhorn, la maudite arête

Ce jour-là, Steck prévoit d’enchainer le Dürrenhorn, l’Hohbärghorn, le Stecknadelhorn, le Nadelhorn, le Lenzspitze, le Dom et le Täschhorn. Une longue épine dorsale du nord au sud, parfois effilée, relie ces 7 sommets du Valais : il « suffit » de la suivre pour atteindre chaque cime l’une après l’autre. Une vidéo du guide suisse Samuel Anthamatten illustre particulièrement des dangers en fin de parcours, du Dom au Täschhorn : des corniches de neige qui cassent, s’éboulent.

Robert Bösch – photographe de Steck, et ami – quitte avec Ueli le refuge Mischabel. Rapidement ils se séparent. Bösch remonte directement vers le Nadelhorn, d’où il aura beau point de vue, tandis que Steck rejoint le Dürrenhorn et entame l’épine, en solitaire. Les deux hommes se croisent au sommet, et Ueli poursuit par l’arête vers le Lenzspitze. De son côté, Robert redescend au refuge Mischabel puis, par hélicoptère, est déposé tout au bout de la traversée, au bivouac du col de Mischabel. Bösch et Steck s’y sont donnés rendez-vous, en fin de journée. D’ici, Bösch pourra photographier Ueli à la descente du Täschhorn, par son arête sud. Mais la section du Dom au Täschhorn – arête sud du Dom, col du Dom, arête nord du Täschhorn – fait peur au Suisse : les corniches sont là, comme des gros paquets fondants et instables posés sur le fil. Steck décide alors de revenir au Dom, 6ème des 7 sommets du jour, et de redescendre de là en vallée, vers Randa en aval de Zermatt : « cette section du Dom au Täschhorn est vraiment pourrie. Et c’est bien d’ici que Berhault est tombé, je m’en suis aperçu le soir, une fois la journée finie », raconte-t-il. Maudite arête. Il ajoute : « je ne l’ai vraiment pas senti. Pourtant Robert m’attendait derrière. Il faut faire attention avec ça : le fait de vouloir faire des images. Si un photographe m’attend de l’autre côté, il faut que ce soit un ami en qui j’ai confiance. Comme ça je peux renoncer au lieu de continuer pour réussir la photo ». Ueli reviendra au Täschhorn, mais par l’arête sud, et en y consacrant la totalité du 23ème jour.

L’abandon de Michi Wohlleben

Revenons au commencement. Le 11 juin, c’est le départ pour le Piz Bernina, 4000 le plus à l’est de l’arc alpin, depuis le refuge Tschierva. Deux personnages accompagnent Steck. Michael Wohlleben, jeune guide allemand de 24 ans, a réalisé avec Ueli les 17 et 18 mars 2014 une belle trilogie dans les Dolomites : l’enchainement des faces nord des Tre Cime di Lavaredo, par la voie Cassin à la Cima Ovest, la voie Comici à la Cima Grande et enfin la voie Innerkofler à la Cima Piccola, l’ensemble à corde tendue ou presque et en un peu moins de 16 heures… Il est le compagnon de cordée du Suisse pour l’enchaînement, comme Philippe Magnin l’était de Berhault en 2004. Steck et Wohlleben espèrent conclure l’ensemble en moins de 80 jours. Présent aussi Daniel Mader, bon ami depuis une vingtaine d’années. Compagnon parfois sur les montagnes, Daniel, manager de projet pour des travaux d’accès difficiles, est d’abord chargé de la logistique du matériel pour l’ensemble du voyage, et suivra la cordée en camionnette d’un point d’étape clé à un autre. Que les grimpeurs puissent s’y équiper, y manger, boire, dormir et récupérer selon leurs besoins.

L’ascension du Piz Bernina, via la célèbre arête dite Biancograt, se passe sans heurt. En fin de journée, Steck et Wohlleben coulent un bivouac tranquille au bord d’un lac de la commune de Bivio, qu’ils ont rejoint à vélo depuis Morteratsch, via Saint-Moritz et le Julierpass. Durée de l’effort en ce premier jour : 6 heures.

Le 12, la cordée pédale jusqu’à Andermatt et, toujours à vélo via Ringgenberg, où vit Ueli Steck, rejoignent Grindelwald. Le 16 au soir, ils atteignent la Schreckhornhütte, au pied du Schreckhorn et du Lauteraarhorn, 2ème et 3ème sommet de la liste. Le 17, Steck et Wohlleben traversent les deux sommets et rejoignent le refuge, puis s’envolent à proximité en parapente pour retrouver la célèbre station au pied de l’Eiger.

Mais « Michi a eu un problème et a dû se poser à mi-chemin du vol », raconte Steck. La réception est mauvaise, Wohlleben se cogne sérieusement le bas du dos mais ne renonce pas encore à poursuivre. Ce n’est qu’après les ascensions du Mönch et de la Jungfrau, les 18 et 20 juin, qu’il finit par renoncer définitivement. Steck doit alors se réorganiser, trouver d’autres compagnons : « j’ai l’habitude du solo, mais sur certains glaciers, être encordé était plus prudent ». Douze personnes, dont l’indéfectible soutient Daniel Mader, deviendront compagnons de cordée volontaires du Suisse pour quelques étapes. En revanche, pour 32 des 82 cimes, le solo ne sera que l’unique alternative à l’abandon de Wohlleben.

Plats de résistance en Suisse

Sans états d’âme, Steck poursuit sa route et le 13 juillet au soir, quasiment sorti du Valais suisse avec 48 sommets en poche, déclare : « c’est merveilleux ! C’est tellement de mouvement ! J’ai beaucoup de plaisir ». Le « mauvais sur le plat » est toujours en pleine forme et encense le mouvement au quotidien. La météo a été bonne chaque jour – pratiquement – et chaque jour, Ueli a avancé à pied, à vélo, en mode trail ou en trek, et en altitude muni simplement d’un petit sac, d’une paire de crampons, d’un ou deux piolets selon… et d’un GPS. Seul ou accompagné, Steck s’est encordé notamment pour 4 sommets de l’Oberland bernois avec sa femme, Nicole. Carburant ? « Rien de particulier, je mangeais ce que l’on me servait dans les refuges le soir », répond-il. En course, barres de céréales, bananes et autres gels et boissons énergétiques font l’affaire.

Le Cervin, gravi le 1er juillet en aller-retour via l'arête du Hörnli avec Andreas Steindl, et la Dent d'Hérens, gravie et descendue par sa face ouest, le 5 juillet, avec Andi Wälchli. ©Sommets.info/MR76
Le Cervin, gravi le 1er juillet en aller-retour via l’arête du Hörnli avec Andreas Steindl, et la Dent d’Hérens, gravie et descendue par sa face ouest, le 5 juillet, avec Andi Wälchli. ©Sommets.info/MR76

Si la journée du 25 juin – celle du renoncement au Täschhorn – a duré 14 heures et 12 minutes porte-à-porte, la plus longue passée en altitude fût celle du 30. Par grand beau temps et avec une nouvelle fusée suisse, le guide zermattois Andreas Steindl, 26 ans, Steck compile ce jour-là les 18 sommets de la grande couronne de Zermatt. Des 9 sommets du mont Rose à ceux du Breithorn, tous y passent en 14 heures et 18 minutes. Sur ce chemin aérien à dominante neigeuse, magnifique, compilant plus de 4000 mètres de dénivelé positif et environ 3500 de négatif, Steindl est le guide. Il flaire les moments où il vaut mieux s’encorder sur ces hauts glaciers du coin qu’il connaît bien : « l’après-midi, la neige était chaude, les ponts sur les crevasses fragiles », explique-t-il.

Lendemain 1er juillet : Cervin en aller-retour par le Hörnli, Steindl et Steck remontent l’arête en un peu plus de deux heures. Du point de départ du Petit Cervin à l’arrivée à Zermatt, les deux hommes ne mettent que 6 h 30… Commentaire rapide et sobre de Steindl : « Steck vit pour la montagne ». Du 3 au 15 juillet, 15 autres des 4000 du Valais et de l’Oberland sont gravis, dont 8 en solo. Et Steck court toujours, avec la banane, comme en témoigne les 7 heures et 6 minutes passées le 13 juillet à traverser, depuis la Weisshornhütte, le Weisshorn et le Bishorn, pour finir avec une liaison à vélo de Zinal à Sion : « c’est tellement de mouvement » !

La Dent Blanche, gravie par son arête sud (voie normale, à droite), le 6 juillet. ©Sommets.info/MR76
La Dent Blanche, gravie par son arête sud (voie normale, à droite), le 6 juillet. ©Sommets.info/MR76

Crescendo au Mont-Blanc

16 juillet, repos à Chamonix. La journée du 15, celle des trois Combins et de la liaison de Bourg-saint-Pierre à la vallée française du mont Blanc, via le col de la Forclaz à vélo, s’est terminée par une série de burgers à la Micro Brasserie. 35 jours se sont écoulés depuis le départ en Bernina, il « reste 31 » sommets à gravir. Pas pressé, Ueli attend son ami David Göttler pour grimper quelques jours avec lui. Le 17, il patiente encore, monte en running au Brévent depuis Chamonix et s’offre un saut en parapente : récupération active. Et les nuits ? Comment la machine suisse dort-elle la nuit ? « J’ai bien dormi, des nuits étaient plus courtes que d’autres mais je trouvais le sommeil dont j’avais besoin », répond-il. Zéro faille.

18 juillet, les Droites depuis Chamonix avec Göttler, nuit au refuge de la Charpoua. Le 19, aiguille Verte par l’arête du Moine, Grande Rocheuse et aiguille du Jardin, toujours avec Göttler, et retour à Chamonix. Le 20, du bas, liaison au refuge Torino de l’autre côté du massif via la face nord de l’aiguille du Midi, gravie en solo par l’éperon Frendo en 2 heures 30 environ. Le 21, les 5 aiguilles du Diable vers le mont Blanc du Tacul, « encordés avec quelques amis, on a pas été très rapides mais c’était une belle journée », et mont Maudit en solo en prime. Steck enfile les cimes comme un gamin des perles.

L’accident fatal de Martjin Seueren

« Martjin était le seul de mes compagnons de route que je ne connaissais pas », précise Ueli lorsque nous évoquons l’accident mortel de Seueren, survenu le 22 juillet sur les arêtes de Rochefort. Du refuge Torino ce matin-là, Steck, Seueren et un ami démarrent ensemble vers la Dent du Géant et les arêtes de Rochefort. Seueren, solide alpiniste hollandais de 32 ans au cv alpin plus qu’honorable, collectionne, entre autres, les 4000. « Lorsqu’il m’a contacté pour m’accompagner aux Jorasses, via Rochefort, je ne lui ai bien entendu pas interdit de venir », raconte Steck. À l’approche de la Dent du Géant, Steck part seul vers celle-ci, la gravit et, du sommet, aperçoit les deux autres, comme prévu sur les arêtes de Rochefort. Steck descend du Géant puis revient vers ces arêtes qui doivent conduire le trio au bivouac Canzio, point de départ du lendemain pour la traversée des cinq sommets des Grandes Jorasses : « j’ai aperçu le compagnon de Martjin, qui n’allait plus dans le bon sens, et seul, témoigne Steck. C’est quand nous nous sommes retrouvés qu’il m’a dit que Seueren était tombé ». Les secours trouveront plus tard le corps du Hollandais, sans vie, au fond d’une crevasse d’un replat glaciaire versant italien, environ deux centaines de mètres en contrebas de l’arête. Cette nouvelle entraine le retour immédiat de Steck en Suisse : « il fallait prévenir la famille, les parents. Ce n’est pas facile quand tu ne connais pas la personne. À ce moment-là, rien n’était clair pour la suite, j’avais besoin de réfléchir avant de prendre la décision de continuer ou pas le projet ». Cinq jours passent à Ringgenberg. Steck écarte les doutes et décide de poursuivre.

Homme de fer

Ueli repart le 28 juillet du refuge Torino, en course à pied le long de quelques lacets puis en parapente pour attérir en Val Vény. La suite est moins sobre, et ce n’est pas Jon Griffith ou Heinz Heer, des derniers compagnons à s’encorder à la machine suisse, qui contrediront. Griffith, d’origine britannique, vit à Chamonix et rentre juste d’une superbe ascension au Pakistan, la première du Link Sar Ouest (6938 m, massif du Karakoram, vallée de Charakusa). Il est acclimaté, en forme, et accompagne Steck le 29 juillet à l’Envers du mont Blanc : nuit au bivouac Eccles. Le 30, les deux alpinistes ne bougent pas, mais attendent au soleil qu’une récente chute de neige se stabilise. En fin de journée du 31, l’Anglais en a plein les cannes. Pendant plus de 13 heures depuis le bivouac Eccles, il a suivi Steck de la Blanche de Peuterey au dôme de Goûter via le Grand Pilier d’Angle, le mont Blanc de Courmayeur et le mont Blanc, avant de le laisser faire seul l’aller-retour à l’aiguille de Bionnassay, depuis le col homonyme. Steck s’amuse : « Jon gueulait sur la glacier de Miage à la fin de cette journée, c’était dur, trop long ! ». Griffith : « les jambes de Ueli ? Des troncs d’arbre. Les Alpes ne sont pour lui qu’un parc d’entraînement. C’est facile tout ça, pour lui. C’est juste courir, c’est même pas grimper… » lâche-t-il avec un flegme typique.

3 août. Steck remet le couvert au mont Blanc depuis le Val Veny, mais cette fois via l’arête du Brouillard et en solitaire : il traverse la pointe Baretti, le mont Brouillard et la pointe Louis Amédée, et de fait s’offre un deuxième passage au mont Blanc de Courmayeur et au mont Blanc. Pour Mader, qui quotidiennement l’observe, c’est « la journée la plus impressionnante, même si sur l’ensemble, Ueli m’est toujours apparu très relax ». Nuit à Torino, « ten summits remain ».

Le 3 août, depuis le Val Veny et via le refuge Monzino, Steck traverse le glacier du Brouillard et remonte l'arête homonyme jusqu'au mont Blanc de Courmayeur et le mont Blanc, en solitaire. ©Sommets.info/MR76
Le 3 août, depuis le Val Veny et via le refuge Monzino, Steck traverse le glacier du Brouillard et remonte l’arête homonyme jusqu’au mont Blanc de Courmayeur et le mont Blanc, en solitaire. ©Sommets.info/MR76

 

Les 4 et 5 juillet, Steck traverse en solo aiguille et dôme de Rochefort, puis les 5 sommets des Grandes Jorasses, depuis le bivouac Canzio. Un chemin en plein ciel, ici vu du côté italien. ©Sommets.info/MR76
Les 4 et 5 juillet, Steck traverse en solo aiguille et dôme de Rochefort, puis les 5 sommets des Grandes Jorasses, depuis le bivouac Canzio. Un chemin en plein ciel, ici vu du côté italien. ©Sommets.info/MR76

Les 8 derniers jours apparaissent comme un Ironman alpin. Des arêtes deRochefort à la Barre des Ecrins, Ueli enchaine seul la traversée des Jorasses, rejoint Pont à vélo au pied du Grand Paradis, en gravit la voie normale avec Andreas Aeschlimann, relie Briançon à vélo depuis Pont en trois jours, dont deux avec son ami suisse et cycliste Heinz Heer, et termine seul le 11 août au Dôme puis à la Barre des Ecrins. Heinz Heer, 54 ans, 50 fois marathonien sous les 3 heures de 1981 à 2003, a fréquenté beaucoup d’athlètes de haut niveau en tant que conseiller en nutrition, mais aussi aux côtés du coach en méditation Sri Chinmoy, dès 1981. Ainsi partagea-t-il de nombreux moments avec le sprinter américain Carl Lewis, ou encore les endurants kenyans Tegla Loroupe et Paul Tergat : « de tous les athlètes que j’ai pu observer et connaître, Steck m’apparaît aujourd’hui comme le meilleur sur les fondamentaux de l’endurance, du mental et de la capacité technique ». Sur un vélo en tout cas, Ueli n’est pas manchot : le 9 août, il boucle l’étape Saint-Michel en Maurienne – Briançon via les cols du Télégraphe et du Galibier, à 26 km/h de moyenne.

L’enchaînement des 4000 est aujourd’hui passé. Sillonnant de nouveau l’Europe comme conférencier sur la prise de risques ou sur ces exploits alpins, Steck attend, comme une bête sauvage rétablie, son prochain départ fin septembre pour le Népal. En ligne de mire, le pilier sud du Nuptse Est, en style alpin avec l’américain Colin Haley. Une horreur très technique, haute de 2500 mètres et sortant au sommet à plus de 7800 mètres d’altitude. Une ligne conquise en 2003 par les Russes Valeri Babanov et Yuri Koshelenko, un mythe auquel les stars américaines Jeff Lowe et Mark Twight s’étaient attaqués en premier en 1986, et que les Français Michel Fauquet et Christophe Moulin avaient failli dompter, finalement repoussés par les nuées furieuses, à 7500 mètres, en 1994. Un défi supplémentaire, un pilier taillé pour Steck.

Les détails de l'enchaînement de Ueli Steck avec pour chaque jour, les points de départ et d'arrivée, les sommets gravis, les itinéraires suivis, les compagnons de cordée et la durée des efforts ©Sommets.info/MR76
Les détails de l’enchaînement de Ueli Steck avec pour chaque jour, les points de départ et d’arrivée, les sommets gravis, les itinéraires suivis, les compagnons de cordée et la durée des efforts ©Sommets.info/MR76

* lire la biographie de Patrick Berhault, écrite par son ami niçois Michel Bricola (avec Dominique Potard), aux éditions Guérin de Chamonix : Berhault, collection Texte et images (2008). On y apprend notamment que Patrick désirait l’enchainement des 4000, mais pas forcément en 80 jours…

©Sommets.info/MR76

Liens :

Les premières images vidéo de l’enchaînement de Ueli Steck (commentaires en allemand) et les extraits vidéo de la journée du 30 juin.

La vidéo de Samuel Anthamatten, au cours de repérages début août avec Andreas Steindl, sur l’arête du Dom au Täschhorn.

La dernière performance d’Andreas Steindl, compagnon de Steck les journées du 30 juin et 1er juillet, ou sa traversée en solitaire Alphubel, Täschhorn, Dom, Lenzspitze et Nadelhorn, de Zermatt à Saas Fee, en 7h45 le 19 août dernier.

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